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Croissance de l’emploi et mobilité des entreprises au Luxembourg (1994-2005)

by Vincent Dautel, Olivier Walther
Population et Territoire (2009)

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Croissance de l’emploi et mobilité des entreprises au Luxembourg (1994-2005)

Vincent DAUTEL, Olivier WALTHER - CEPS/INSTEAD
Croissance de l’emploi et mobilité des
entreprises au Luxembourg (1994-2005)
POPULATION & TERRITOIRE N°15 Février 2009
POPULATION & TERRITOIRE
Il est aujourd’hui largement reconnu
que la concentration croissante des
activités de services dans les régions
métropolitaines à l’échelle mondiale
s’accompagne également d’une
redistribution des emplois de ces
services à l’échelle intra-métropoli-
taine. Ce double mouvement a attiré
l’attention d’un nombre croissant de
chercheurs, qui ont pu mettre en évi-
dence, depuis le milieu des années
1980, une vague de délocalisation
des activités de services allant des
centres traditionnels vers les péri-
phéries aux Etats-Unis (Garreau
1991; Stanback, 1991) comme en
Europe (Buisson, Mignot et Aguile-
ra-Bélanger 2001 ; Gaschet 2003).
Certes, depuis les années 1960,
plusieurs autres vagues de déloca-
lisations avaient déjà été observées
(Berry 1967; Racine 1975), mais le
mouvement contemporain demeure
le plus surprenant car il concerne
également des activités de concep-
tion, de coordination et de comman-
dement, qui avaient longtemps été
considérées comme indissociable-
ment liées aux centres-villes.
Cette évolution a été diversement
interprétée, l’enjeu principal des
études empiriques étant de détermi-
ner si la suburbanisation observée
aboutissait à un étalement généra-
lisé ou, au contraire, à de nouvelles
formes de polarités périphériques.
La très grande diversité des cas
d’étude a conduit certains auteurs
à privilégier l’hypothèse d’un déclin
généralisé des Central Business
Districts (CBD) et l’aboutissement
d’une urbanisation plus dispersée
que polycentrique, sur le modèle de
Los Angeles (Gordon et Richard-
son 1996). D’autres auteurs en
revanche ont mis en évidence que
l’emploi suburbain avait tendance à
s’agglomérer dans des pôles plus ou
moins spécialisés, et qualifiés diver-
sement d’outer cities (Hartshorne et
Muller 1989), d’edges-cities (Gar-
reau 1991), de suburban employ-
ment centers (Cervero 1989) ou de
magnet areas (Stanback 1991).
Plus récemment, certains travaux ont
permis de reconsidérer l’importance
du mouvement de suburbanisation
des emplois en insistant sur le fait que
le déclin quantitatif des centres-vil-
les ne renseignait que partiellement
sur les transformations qualitatives
de l’organisation des activités éco-
nomiques métropolitaines. Halbert
(2004) et Boiteux-Orain et Huriot
(2002) montrent à ce propos que la
suburbanisation est susceptible de
conduire à une réorganisation à la
fois multipolaire et monocentrique
(plusieurs pôles mais un seul centre)
conduisant à une spécialisation du
centre principal vis-à-vis des pôles
secondaires. Dans cette conception
métropolitaine, la déconcentration
des emplois de services vers la péri-
phérie et le renouveau des centres-
villes ne sont pas nécessairement
contradictoires (Halbert, 2007).
La spécialisation des centres-villes
vers des activités de services supé-
Cet article traite de la croissance régio-
nale de l’emploi et de la mobilité des
entreprises au Luxembourg entre 1994
et 2005 sur la base de données pro-
venant de l’Inspection Générale de la
Sécurité Sociale1. Du point de vue sec-
toriel, les auteurs distinguent 12 caté-
gories d’industries et de services en se
basant sur la classification des activités
à forte intensité de savoir de l’OCDE. Du
point de vue géographique, cinq aires
infra-métropolitaines sont identifiées sur
la base de critères morphologiques et
fonctionnels. L’article analyse d’abord
la spécialisation sectorielle ainsi que la
concentration géographique de l’em-
ploi à l’aide de plusieurs indices spéci-
fiques. Une analyse de la mobilité des
entreprises permet ensuite de mettre
en évidence l’orientation centripète ou
centrifuge des transferts d’emplois à
l’échelle des unités géographiques rete-
nues. Les résultats illustrent l’émergence
d’un ensemble métropolitain en voie
d’intégration organisé autour de l’agglo-
mération de Luxembourg.
1 Les auteurs remercient l’Inspection
Générale de la Sécurité Sociale du Luxem-
bourg (IGSS) pour avoir mis à leur disposi-
tion les données de base utilisées.
Introduction
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2 P o p u l a t i o n & T e r r i t o i r e 1 5 - 2 0 0 9
I. Organisation des activités
économiques dans les centres
financiers
rieurs a surtout été étudiée dans les
plus grandes métropoles. En Ile-
de-France par exemple, Guillain,
Le Gallo et Boiteux-Orain (2006)
montrent ainsi que la polarisation
de l’espace intra-métropolitain s’ex-
prime par une prééminence durable
du CBD de Paris en matière d’em-
plois supérieurs et par l’émergence
de pôles secondaires spécialisés.
Ces résultats concordent avec ceux
obtenus par Coffey, Polèse et Drolet
(1996) et Coffey et Shearmur (2002)
qui montraient que la déconcentra-
tion des emplois observés depuis le
CBD de Montréal avait conduit à une
spécialisation du centre-ville vers
des activités à forte valeur ajoutée
et fortement internationalisées. Des
travaux menés à Londres (Taylor
et al. 2003), Stockholm (Hermelin
2007) et New York (Schwartz 1992)
suggèrent également que l’activité
des services supérieurs aux pro-
ducteurs (Advanced Producers Ser-
vices) est favorisée par la taille des
marchés ainsi que par la diversité de
l’emploi et des entreprises des gran-
des métropoles. De ce point de vue,
la croissance de l’emploi de service
suburbaine n’est pas incompatible
avec un CBD fort dont la base éco-
nomique connaît une spécialisation
croissante.
Certains petits centres financiers tels
que Zurich, Genève ou Luxembourg
semblent susceptibles de connaître
une évolution identique. La présence
massive de firmes globales actives
dans le secteur financier (banques,
assurances) ainsi que dans certains
services supérieurs connexes (audit,
consultance, conseil légal) y est en
effet sans commune mesure avec
leur taille démographique (Walther
et Schulz 2009). En considérant que
les firmes du secteur financier sont
engagées dans un processus de
délocalisation de leurs activités les
plus standardisées et/ou d’externali-
sation (outsourcing) (Mankhe 2002),
ces centres sont susceptibles de
connaître une réorganisation de l’es-
pace infra-métropolitain comparable
à celle de plus grandes métropoles.
Dans ce contexte, l’objectif de cet
article est d’analyser la croissance
régionale de l’emploi ainsi que la
mobilité des entreprises à l’échelle
de l’une de ces petites métropo-
les spécialisées. En s’appuyant sur
l’exemple du Luxembourg, nous
nous intéresserons plus précisé-
ment à deux questions. Luxem-
bourg est-il également concerné par
le phénomène de déconcentration
des emplois et si oui, quels sont
les espaces qui ont bénéficié de la
croissance la plus forte de l’emploi ?
Cette croissance inégale de l’em-
ploi a-t-elle conduit, comme dans
les métropoles de plus grande taille,
à une spécialisation sectorielle de
l’emploi, en particulier dans la ville-
centre et si oui, quels sont les sec-
teurs qui en ont le plus bénéficié ?
L’article est organisé de la manière
suivante. La première partie expose
brièvement certains éléments théori-
ques relatifs à l’organisation des acti-
vités économiques dans le contexte
des centres métropolitains spéciali-
sés dans les activités financières. La
seconde partie traite des éléments
méthodologiques définissant la
trame sectorielle, spatiale et tem-
porelle de l’analyse, en rappelant
notamment les spécificités nationales
qui justifient de procéder aux décou-
pages retenus. La troisième partie
est consacrée à l’étude de l’évolution
de l’emploi au Luxembourg de 1994
à 2005. La croissance sectorielle,
spatiale et temporelle de l’emploi, le
profil économique des unités spatia-
les ainsi qu’un indice de concentra-
tion et de spécialisation de l’emploi
y sont présentés. Compte tenu de
l’importance des flux qui affectent
les unités géographiques, l’analyse
est complétée, dans une quatrième
partie, par un examen des mouve-
ments de l’emploi avec pour objectif
de montrer les gains et les pertes de
chaque unité dans l’espace national.
La dernière partie sert de conclusion
et fournit quelques perspectives de
recherche.
des externalités marshalliennes
classiques. Dans un contexte de
concentration de l’activité financière
au niveau mondial, Martin (1999)
et Porteous (1999) montrent ainsi
le rôle fondamental d’un marché
du travail spécialisé et/ou qualifié,
de la disponibilité de fournisseurs
spécialisés et de clients et des effets
d’entraînements des connaissances
techniques et informationnelles.
En toute logique, les économies
d’agglomération favorisent les plus
grands centres, là où la taille des
marchés et la densité des emplois et
des entreprises est la plus grande.
Cependant, la croissance de certains
centres financiers plus petits peut
également être la conséquence d’une
spécialisation extrême sur certains
services (private banking, fonds
d’investissement) ou de l’exploitation
d’une niche de souveraineté favorisée
par des incitations légales et fiscales
particulièrement avantageuses
en comparaison européenne ou
internationale (Pieretti, Bourgain et
Courtin 2007). Certains avantages
comparatifs peuvent ensuite conduire
à un processus cumulatif dans lequel
l’installation de banques attirées par
les conditions-cadres peut ensuite
accroître l’attractivité des lieux
pour les banques qui n’y sont pas
encore installées. Arthur (1994) et
Grote (2008) montrent ainsi que, en
situation de rendements d’échelle
croissants, les centres financiers qui
possédaient un avantage historique
conservaient leur prééminence. C’est
ce qui explique l’effet d’entraînement
qui aboutit à la création d’un cluster
financier dont le cœur est formé
des banques et autour duquel
viennent se greffer des entreprises
de services supérieurs directement
ou indirectement liées à la finance
(services informatiques, services
légaux, conseil, audit) (Bourgain et
Pierreti 2006).
Depuis les travaux pionniers de
Polanyi (1967) sur la dimension
tacite de la connaissance, un
certain consensus semble s’être
progressivement dégagé pour
considérer que l’organisation
des activités économiques intra-
métropolitaine est dépendante de
la nature de l’information mobilisée.
Alors que les nouvelles technologies
de l’information et de la commu-
La localisation des activités
économiques a traditionnellement
été interprétée comme un arbitrage
entre les forces centripètes
favorisant la concentration et les
forces centrifuges favorisant la
dispersion (Krugman 1991). Comme
n’importe quelle autre agglomération
d’activités économiques, les
centres financiers sont le produit
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nication favorisent essentiellement
l’échange d’information codifiable,
l’échange de savoir et de
connaissances non codifiable
requiert des contacts en face-
à-face, maximisés dans le CBD
(Storper et Venables 2004). Dans
le contexte des places financières,
cela signifie que les activités
financières typiques du front office
tels que le wealth management
ou le stock trading demeurent
traditionnellement implantées au
centre des agglomérations, tandis
que d’autres activités plus facilement
automatisables et typiques du back
office comme le suivi administratif
et comptable sont délocalisées en
périphérie (Gehrig 2000).
de 40% des emplois du pays, il
n’est guère possible de mobiliser
les données issues du recense-
ment national de la population qui,
par définition, ne concerne que les
résidents nationaux. C’est pourquoi
nous utilisons les seules données
individuelles disponibles à l’échelle
communale existantes, en prove-
nance de l’Inspection Générale de
la Sécurité Sociale (IGSS). Ces don-
nées permettent de connaître l’état
de l’ensemble des personnes acti-
ves occupées travaillant au Luxem-
bourg au lieu du siège social des
entreprises quel que soit leur pays
de domicile en 1994, 1996, 1999,
2002 et 2005.
Du point de vue sectoriel, les
emplois sont regroupés en 12 caté-
gories sur la base des codes de la
Nomenclature générale des activités
économiques de la Communauté
européenne (NACE) à 3 positions
qui les caractérisent (cf. Annexe
1). La grille d’analyse utilisée pour
constituer les catégories vise à dis-
tinguer tant les secteurs manufactu-
riers à forte intensité technologique
que les secteurs de services à forte
intensité en connaissance identifiés
par l’OCDE et Eurostat (OCDE-
Eurostat 2006, voir aussi Hatzichro-
noglou 1997). Des regroupements
d’activités considérées comme
similaires ont été nécessaires afin
notamment de disposer d’effectifs
minimaux au sein de chaque classe.
En outre, suivant les travaux menés
en Belgique par Decrop (2003), cer-
tains secteurs, tels que l’agriculture
(NACE 01), la sylviculture (02), l’ex-
traction de houille (10) et de minerais
métalliques (13) ont été retranchés
de l’analyse en raison de leur apport
marginal à l’économie nationale,
ainsi que les emplois liés aux ins-
titutions nationales et organismes
internationaux (99), exclusivement
concentrés à Luxembourg-Ville.
Deux autres modifications ont été
apportées : d’une part, une grande
entreprise ayant fait l’objet d’une
reclassification sur la période consi-
dérée a été soustraite de l’analyse ;
d’autre part, toutes les entreprises
d’au moins 50 salariés ayant changé
d’unité géographique sur la période
ont été retirées de l’analyse, ceci
afin que ces transferts n’infèrent pas
sur les résultats présentés.
En l’absence de définition
opérationnelle des agglomérations et
des régions urbaines au Luxembourg
comparable à celle des autres
Etats européens, le découpage
géographique retenu s’appuie sur
une vision radioconcentrique de
l’espace national organisée autour
de Luxembourg-Ville. Suivant
les travaux de Sohn (2006) et
Sohn et Walther (2008) effectués
sur la base des caractéristiques
morphologiques des unités urbaines
et des spécificités fonctionnelles,
cinq unités infra-métropolitaines
peuvent être distinguées (cf. carte
1) :
La première unité est composée de
la commune de Luxembourg-Ville,
qui comptait 83 820 habitants en
2007. La seconde unité regroupe les
communes suburbaines de Luxem-
bourg-Ville, dans lesquelles une cer-
taine redistribution de la population
et des emplois s’est opérée depuis
le milieu du XXème siècle (47 833
hab.). Le bâti est généralement
dense et continu avec Luxembourg-
Ville. La ville-centre de Luxembourg
et les communes suburbaines for-
ment l’Agglomération morphologi-
que de Luxembourg. La troisième
unité (Couronne 1) est composée
des communes dont la proportion de
pendulaires travaillant dans l’Agglo-
mération est supérieure à 40% de
la population active en 2002 (104
787 hab.). Ces espaces périurbains
s’étendent de manière discontinue
à partir de l’Agglomération et sont
caractérisés par des densités du
bâti, de la population et de l’emploi
plus faibles. La quatrième unité (Sud)
regroupe les communes dont la pro-
portion de pendulaires travaillant
dans l’Agglomération est inférieure à
40% de la population active en 2002
et se situant dans l’ancien bassin
sidérurgique du sud du pays (116
718 hab.). Espace dense du point
de vue du bâti et de la population,
le Sud est cependant marqué par
une densité d’emplois faible et une
dépendance accrue en direction de
l’Agglomération. Enfin, la cinquième
unité (Couronne 2) est composée
des communes dont la proportion
de pendulaires travaillant dans l’Ag-
glomération est comprise entre 8,3
et 39,9% de la population active en
2002 (116 814 hab.). Bien que fonc-
II. Méthodologie et données
En dépit du fait que plusieurs études
ont permis de montrer que l’éco-
nomie du Luxembourg avait une
tendance lourde à la spécialisation
(Bertinelli et Strobl 2007), ce travail
est l’une des premières tentatives
d’analyser la distribution inégale des
activités économiques à l’échelle
intra-régionale. Il convient de rappe-
ler à ce propos que le Grand-Duché
est fortement influencé par le rôle
de Luxembourg-Ville comme centre
métropolitain émergent, présentant
des signes importants d’une ville
globale en formation (Taylor, Walker
et Beaverstock 2002). En dépit de sa
petite taille démographique, la Ville
de Luxembourg est en effet parve-
nue à accueillir un nombre important
de firmes spécialisées dans l’audit,
le conseil, la banque et les assuran-
ces et actives à une échelle globale,
ainsi qu’un grand nombre d’institu-
tions européennes (Rozenblat et
Cicille 2003). De ce point de vue, la
performance économique de la Ville
est sans commune mesure avec ce
que son poids démographique pour-
rait laisser présumer. L’influence de
la Ville se fait également sentir sur
les pays voisins, puisque les emplois
nouvellement créés ont contribué à
l’augmentation du nombre de fron-
taliers en provenance de France, de
Belgique et d’Allemagne, passés de
47 300 à 109 500 de 1995 à 2005
(STATEC 2006).
Compte tenu du fait que les tra-
vailleurs frontaliers occupent près
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4 P o p u l a t i o n & T e r r i t o i r e 1 5 - 2 0 0 9
C1 Structure urbaine de Luxembourg
Source : Walther 2008, CEPS/INSTEAD Luxembourg.
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III. Situation de l’emploi au
Luxembourg de 1994 à 2005
tionnellement reliée à l’Aggloméra-
tion, la seconde couronne forme un
espace métropolitain à la fois peu
dense et peu doté en emplois.
T1 Evolution de l’emploi par secteur économique, 1994-2005
Secteurs économiques Emploi1994
Emploi
2005
Croissance
annuelle
moyenne
1994-2005,
%
Industries de haute et moyenne haute
technologie 5 713 6 572 1,3
Services orientés vers les hautes technologies 2 024 8 991 14,5
Services aux entreprises 11 536 32 243 9,8
Services financiers 20 979 34 081 4,5
Enseignement supérieur, santé, culture et sport 1 237 2 055 4,7
Industries de moyenne faible et de faible
technologie 28 997 27 664 -0,4
Construction 22 050 30 955 3,1
Commerce 28 161 37 381 2,6
Transports terrestres, poste 11 401 16 711 3,5
Autres services fournis principalement aux
entreprises 4 210 8 405 6,5
Hôtellerie 8 423 12 140 3,4
Autres services personnels et activités 3 204 6 351 6,4
Ensemble des secteurs 147 935 223 549 3,8
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg.
T2 Croissance cyclique de l’emploi, 1994-2005
Périodes Emplois en débutde période
Emplois en fin
de période
Croissance annuelle
moyenne, %
1994 - 1996 147935 155121 2,4
1996 - 1999 155121 178463 4,7
1999 - 2002 178463 209778 5,5
2002 - 2005 209778 223549 2,1
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg.
Le Luxembourg a connu une crois-
sance de l’emploi globalement supé-
rieure à celle des Etats de l’Union
européenne sur la période consi-
dérée. Les éléments qui suivent
sont destinés à montrer dans quelle
mesure cette croissance a été affec-
tée par des différentiels sectoriels,
cycliques et géographiques.
1. Croissance sectorielle, cyclique
et géographique de l’emploi
La croissance annuelle moyenne
de l’emploi apparaît fortement hété-
rogène selon les secteurs écono-
miques considérés (cf. tableau 1).
De 1994 à 2005, les services orien-
tés vers les hautes technologies
(+14,5%), les services aux entrepri-
ses (+9,8%) ainsi que les autres ser-
vices personnels et activités (+6,4%)
ont connu une croissance particu-
lièrement importante, alors que les
industries de moyenne faible et faible
technologie connaissaient une crois-
sance négative (-0,4%). On observe
par ailleurs que ce sont les secteurs
employant le moins de salariés qui
ont crû le plus, à l’exception notable
des services aux entreprises et des
services financiers (+4,5%).
La croissance de l’emploi a en outre
été moins forte au cours des pre-
mières et dernières années de la
période d’observation (1994-1996 et
2002-2005) que durant les périodes
intermédiaires (1996-1999 et 1999-
2002) (cf. tableau 2). Cette évolution
semble résulter de la baisse impor-
tante de l’emploi bancaire et manu-
facturier entre 2002 et 2003, liée à
certaines difficultés conjoncturelles
et à la réorganisation des activités
économiques à l’échelle globale.
Au plan géographique, la croissance
annuelle moyenne de l’emploi a
été plus de deux fois plus impor-
tante dans la première couronne
(+6,1%) et dans l’aire suburbaine
de Luxembourg (+5,8%) que dans
la Ville de Luxembourg (+2,8%)
entre 1994 et 2005 (cf. tableau 3).
Le Sud et la seconde couronne ont
quant à eux connu une croissance
intermédiaire. C’est ce qui explique
que la proportion de l’emploi située
dans la première couronne et l’aire
suburbaine ait considérablement
augmenté par rapport à l’ensemble
national, passant respectivement de
11,9 à 15,1% et de 10,8 à 13,3%.
La Ville de Luxembourg a en revan-
che connu une importante décrois-
sance de la part de son emploi dans
l’ensemble national au cours de la
période considérée alors que le Sud
et la seconde couronne connais-
saient une relative stabilité.
2. Le profil économique des unités
géographiques
La croissance régionale n’est bien
évidemment pas indépendante du
profil économique des unités géo-
graphiques ni de l’évolution tempo-
relle de ces dernières. Une partie du
différentiel de croissance trouve en
effet son origine dans l’hétérogénéité
des systèmes productifs locaux,
appréhendée ici au travers des spé-
cialisations sectorielles. L’indice de
spécialisation retenu mesure, pour
une année donnée, le rapport entre
la proportion d’emplois de chaque
secteur dans chaque unité géogra-
phique et la proportion de chaque
secteur dans l’emploi total du reste
du pays :
Ssi =
Xsi
Ysi
Xsi =
Esi
Ei
Ysi =
∑k-1Esi
∑i=1Ei
i=1
k-1
avec et
E représente l’emploi, s le secteur, i
l’unité spatiale et k-1 le nombre des
autres unités spatiales
Cet indice de spécialisation diffère
de celui qui est usuellement uti-
lisé à l’échelle des aires métropoli-
taines (voir Feldman et Audretsch
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6 P o p u l a t i o n & T e r r i t o i r e 1 5 - 2 0 0 9
ment du commerce, des industries
de haute et moyenne haute techno-
logie et de la construction pour l’aire
suburbaine et la première couronne,
des industries de moyenne faible et
de faible technologie, de la construc-
tion, du commerce et des autres ser-
vices personnels et activités pour le
Sud, et des industries, de l’hôtellerie,
et de la construction pour la seconde
couronne. Il existe une exception
relative à cette distribution, dans
la mesure où les services orientés
vers les hautes technologies, forte-
ment créateurs d’emplois, semblent
particulièrement représentés dans
l’aire suburbaine et la première cou-
ronne. Néanmoins, ce secteur est
de taille très réduite (8 991 emplois
en 2005).
L’évolution temporelle des indices
de spécialisation montre que la
structure des unités métropolitaines
tend à conserver les caractéristiques
générales héritées de 1994. Certai-
nes évolutions méritent cependant
d’être relevées : (1) Une baisse de
moins représentés qu’ailleurs dans
le pays, en particulier la construc-
tion, le commerce et les industries
de moyenne et faible technologie.
Le Sud présente quant à lui un profil
presque inversé, avec une spé-
cialisation forte dans les industries
non métropolitaines ainsi que dans
les autres services personnels, la
construction et les autres trans-
ports.
En comparant la spécialisation
des unités métropolitaines avec la
croissance sectorielle de l’emploi,
il apparaît que la Ville de Luxem-
bourg est plutôt spécialisée dans les
secteurs fortement créateurs d’em-
plois (Services financiers, Autres
services fournis principalement aux
entreprises, Services aux entrepri-
ses et l’Enseignement supérieur, la
santé, la culture et le sport), lesquels
employaient 51% des salariés de la
capitale en 1994. Les autres unités
spatiales semblent en revanche plutôt
spécialisées dans les secteurs peu
créateurs d’emplois. Il s’agit notam-
T4 Spécialisation sectorielle par unité géographique, 1994 et 2005
Secteurs économiques
Luxembourg-
Ville
Aire subur-
baine Couronne 1 Sud Couronne 2
1994 2005 1994 2005 1994 2005 1994 2005 1994 2005
Industries de haute et moyenne haute technologie 0,28 0,09 1,79 1,84 3,69 3,20 0,69 2,17 1,32 1,18
Services orientés vers les hautes technologies 1,00 0,60 1,71 1,75 2,53 1,08 0,35 0,41 0,15 1,90
Services aux entreprises 2,31 1,73 0,95 0,95 0,40 0,54 0,73 0,94 0,34 0,53
Services financiers 15,58 12,08 0,40 0,48 0,04 0,06 0,01 0,03 0,03 0,05
Enseignement supérieur, santé, culture et sport 2,25 1,47 0,94 0,89 0,95 1,35 0,18 0,35 0,36 0,56
Industries de moyenne faible et de faible techno-
logie 0,79 0,74 0,20 0,16 0,85 1,20 1,28 1,78 2,13 1,68
Construction 0,36 0,32 1,53 1,13 2,08 1,90 1,59 1,55 1,33 1,80
Commerce 0,49 0,50 2,23 2,08 1,17 1,05 1,42 1,17 1,14 1,38
Transports terrestres, poste 1,70 0,96 0,51 0,66 0,85 1,65 0,96 1,03 0,56 0,79
Autres services fournis principalement aux entre-
prises 11,37 3,64 0,21 1,38 0,09 0,08 0,16 0,34 0,12 0,13
Hôtellerie 0,84 0,84 0,99 0,97 0,86 1,22 0,99 0,89 1,49 1,26
Autres services personnels et activités 0,67 0,48 0,91 1,15 1,21 1,66 2,07 1,60 0,98 1,24
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg.
T3 Evolution de l’emploi par unité géographique, 1994-2005
Secteurs économiques Luxembourg-Ville Aire suburbaine Couronne 1 Sud Couronne 2 Ensemble
Emploi, 1994 76 714(51.9)
15 983
(10.8)
17 672
(11.9)
15 104
(10.2)
22 462
(15.2)
147 935
(100.0)
Emploi, 2005 103 283(46.2)
29 768
(13.3)
33 746
(15.1)
24 162
(10.8)
32 590
(14.6)
223 549
(100.0)
Croissance annuelle
moyenne 2,8 5,8 6,1 4,4 3,4 3,8
Note : La part de l’emploi localisée dans chacune des unités géographiques est indiquée entre parenthèses.
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg.
1999) dans la mesure où le poids
prépondérant de la Ville de Luxem-
bourg influence significativement les
résultats calculés à l’échelle natio-
nale. Lorsque l’indice est égal à 1,
la diversité de l’emploi régional dans
le secteur considéré est exactement
identique à celle du reste du pays ;
une valeur inférieure à 1 indique
une sous-représentation de l’emploi
régional dans le secteur considéré,
alors qu’une valeur supérieure à 1
indique une sur-représentation.
L’évolution de l’indice de spéciali-
sation permet d’identifier des profils
bien distincts selon les unités géo-
graphiques (cf. tableau 4). En 1994,
la Ville de Luxembourg présente
une spécialisation particulièrement
importante dans les services finan-
ciers, près de 15 fois plus repré-
sentés que dans le reste du pays,
dans les autres services principale-
ment fournis aux entreprises ainsi
que dans l’enseignement supérieur,
santé, culture et sport. Par contre
les autres emplois y sont nettement
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la spécialisation de Luxembourg-
Ville dans les industries de haute et
moyenne haute technologie asso-
ciée à une croissance de la spécia-
lisation du Sud dans ces industries ;
(2) Une baisse de la spécialisation
de la première couronne dans les
services orientés vers les hautes
technologies, associée à une crois-
sance de la spécialisation de ces
services dans la seconde couronne ;
(3) Une baisse de la spécialisation
de la Ville de Luxembourg dans les
services financiers relativement au
reste du pays, et singulièrement
de l’aire suburbaine, de même que
dans les services aux entreprises,
lesquels se renforcent dans le Sud
et la seconde couronne.
3. Concentration géographique et
spécialisation sectorielle de l’em-
ploi
La disparité (et son évolution) des
profils économiques régionaux se
reflète dans la concentration géo-
graphique et la spécialisation secto-
rielle. La première a trait à la manière
dont les effectifs de chaque secteur
sont distribués dans l’espace, la
seconde décrit comment les effectifs
de chaque unité spatiale se répar-
tissent entre les différents secteurs
(cf. encadré). L’examen de la
concentration et de la spécialisation
offre dès lors l’opportunité de syn-
thétiser les informations présentées
précédemment. A cette fin, deux
indices sont considérés : l’indice de
Gini calculé à partir du module Stata
développé par Van Kerm (2007)
pour la concentration géographique
et l’indice de Herfindhal pour la spé-
cialisation sectorielle.
L’indice de Gini se présente de la
façon suivante :
G = 1 - ∑ (P
i+1 + Pi)(Qi+1-Qi)
i=1
k-1
T5 Indices de Gini, 1994 et 2005
Secteurs économiques Gini(1994)
Gini
(2005)
Industries de haute et moyenne haute technologie 0,36 0,35
Services orientés vers les hautes technologies 0,48 0,41
Services aux entreprises 0,62 0,53
Services financiers 0,81 0,79
Enseignement supérieur, santé, culture et sport 0,57 0,47
Industries de moyenne faible et de faible technologie 0,52 0,42
Construction 0,27 0,26
Commerce 0,33 0,31
Transports terrestres, poste 0,56 0,46
Autres services fournis principalement aux entreprises 0,73 0,66
Hôtellerie 0,45 0,42
Autres services personnels et activités 0,40 0,30
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg.
phiques considérées. Un secteur
économique sera considéré comme
parfaitement distribué si l’indice est
égal à 0 et parfaitement concentré
si celui-ci vaut 1. Il montre à ce titre
que les services financiers (0,81),
essentiellement présents dans la
ville de Luxembourg, forment le sec-
teur économique le plus concentré
en 1994 comme en 2005, tandis
que les autres services fournis prin-
cipalement aux entreprises et les
services aux entreprises sont égale-
ment fortement concentrés géogra-
phiquement (>=0,6) (cf. tableau 5).
Par contre, les industries de haute
et moyenne haute technologie, la
construction et le commerce sont
plus uniformément distribués entre
les unités spatiales.
Tous les secteurs considérés ont
connu une déconcentration entre
1994 et 2005. La plus importante
concerne l’enseignement supérieur,
santé, culture et sport, les indus-
tries de moyenne faible et de faible
technologie, les transports terres-
tres et la poste ainsi que les autres
services personnels et activités, les-
quels étaient déjà peu concentrés à
l’origine. En comparant les résultats
de l’indice de Gini avec ceux de la
croissance sectorielle de l’emploi, il
apparaît que les secteurs les plus
concentrés tendent à connaître une
croissance élevée de l’emploi, à l’ex-
ception des transports terrestres et
de poste qui ne croissent pas plus
que l’économie nationale et des
industries de faible et moyenne tech-
nologie qui connaissent une crois-
sance négative sur la période.
L’indice de Herfindahl, visant à
rendre compte de la spécialisation
sectorielle, permet de mesurer la
part de l’emploi de chaque secteur
dans l’emploi total relativement aux
secteurs géographiques en 1994 et
2005. Il est calculé de la manière
suivante :
avec k le nombre d’unités spatiales
observées, Qi la part de la popula-
tion localisée dans la zone i, Pi la
part de l’emploi dans la zone i, les
unités spatiales ayant été triées par
valeur croissante de Qi / Pi.
L’indice de Gini mesure l’inégalité de
la répartition spatiale en emplois d’un
secteur donné et donc la concen-
tration géographique d’un secteur
entre les différentes unités géogra-
Hi = ∑
Esi
∑i=1Esii=1
k
n( )2
avec E l’emploi, s le secteur d’ac-
tivité, i l’unité spatiale, k le nombre
d’unités spatiales et n le nombre de
secteurs.
Une unité géographique sera consi-
dérée comme parfaitement diver-
sifiée si l’indice est égal à 0 et
parfaitement spécialisée si celui-ci
vaut 1. La relative croissance de la
spécialisation de Luxembourg-Ville
contraste avec la diversification
en cours de l’ensemble des autres
unités spatiales, notamment l’aire
suburbaine de Luxembourg et la
seconde couronne (cf. tableau 6).
Cette évolution peut être rappro-
chée des résultats présentés pré-
cédemment en ce qui concerne la
déconcentration d’un grand nombre
de services.
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8 P o p u l a t i o n & T e r r i t o i r e 1 5 - 2 0 0 9
T6 Indices de Herfindahl, 1994 et 2005
Secteurs géographiques Herfindahl(1994)
Herfindahl
(2005)
Luxembourg-Ville 0,14 0,16
Aire suburbaine 0,21 0,15
Couronne 1 0,17 0,14
Sud 0,19 0,16
Couronne 2 0,22 0,15
Ensemble des unités 0,14 0,12
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg.
T7 Croissance de l’emploi incluant ou non les transferts régionaux d’établissements par unité géographique, 1994-2005
Unités géographiques
1994-1996 1996-1999 1999-2002 2002-2005
transferts
inclus
transferts
exclus
transferts
inclus
transferts
exclus
transferts
inclus
transferts
exclus
transferts
inclus
transferts
exclus
Luxembourg-Ville 3,6 3,3 10,7 10,8 15,0 16,1 2,1 2,4
Aire suburbaine 5,8 6,6 34,6 18,7 18,5 19,5 10,3 13,9
Couronne 1 14,1 10,6 16,2 17,8 27,4 21,6 12,7 11,9
Sud -1,2 -1,7 19,6 16,8 23,7 18,4 9,8 9,9
Couronne 2 5,3 4,3 12,2 12,2 12,2 12,8 10,0 11,5
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg.
IV. Les transferts
géographiques d’emplois
Les transferts d’emplois complètent
l’examen descriptif de l’évolution
spatiale de l’emploi et permettent de
qualifier l’attractivité des différentes
unités géographiques. Une compa-
raison des mesures de croissance
de l’emploi incluant ou excluant ces
transferts permet d’ailleurs de mon-
trer qu’ils jouent un rôle sensible sur
l’évolution de l’emploi. Ainsi, comme
le montre le tableau 7, ces transferts
ont représenté près de la moitié de
la croissance de l’emploi de l’aire
suburbaine entre 1996 et 1999
(+3,5 et +1,9 % respectivement) et
près d’un quart de la croissance de
la première couronne entre 1994 et
1996 (+1,4 et 1,1%) et du Sud entre
1999 et 2002 (+2,4 et +1,8%).
D’une manière générale, l’ampleur
géographique des mouvements
observés entre les unités spatia-
les est croissante de 1994 à 2005
(cf. carte 2). Leur synthèse fait appa-
raître trois grandes orientations.
En premier lieu, des transferts cen-
trifuges caractéristiques de la subur-
banisation à partir de la Ville de
Luxembourg peuvent être observés.
A l’échelle de l’ensemble des sec-
teurs, de 1994 à 2005, la ville-centre
a enregistré un nombre plus élevé
de sorties que d’entrées dans pres-
que tous les secteurs économiques,
en particulier dans les activités peu
qualifiées comme les industries de
moyenne et de faible technologie, la
construction, le commerce et l’hôtel-
lerie (cf. tableau 8).
L’analyse des origines et desti-
nations des transferts d’emploi
permet de montrer que ce solde
négatif a essentiellement profité à
l’aire suburbaine de Luxembourg
(cf. tableau 9). Ceci illustre le pro-
cessus d’intégration économique
actuel qui affecte ces deux espaces
et leur complémentarité en termes
d’activités économiques.
L’exurbanisation progressive de cer-
taines activités économiques béné-
ficie en premier lieu aux services
financiers et orientés vers les hautes
technologies ainsi qu’à la construc-
tion au profit de l’aire suburbaine ou
de la première couronne.
Une analyse plus fine fait apparaître
des mouvements spécialisés, notam-
ment dans le secteur du nettoyage
et des transports routiers. Entre les
années 1996 et 1999, le nombre
d’emplois du secteur du nettoyage
de l’aire suburbaine augmente ainsi
de 316,7%, alors que les emplois de
ce secteur localisés dans la Ville de
Luxembourg diminuent de 21,2%.
Ces entreprises, plus sensibles aux
contraintes de coûts qu’à la néces-
sité d’être proches de leurs clients,
trouvent dans le milieu périurbain
des conditions favorables au déve-
loppement de leurs activités (dispo-
nibilité foncière, plus faible coût des
surfaces commerciales, proximité
aux autoroutes). Les entreprises
de transport routier ont connu une
évolution similaire : la croissance
de l’emploi du secteur entre 1999 et
2002 (+21,8%) s’est faite essentiel-
lement au profit de l’aire suburbaine
(+48,1%) et de la première couronne
(+43,4%), alors que Luxembourg-
Ville connaissait une relative stabi-
lité (+7,3%). L’exurbanisation des
entreprises du secteur des trans-
ports s’explique par la nécessité de
disposer d’importants espaces de
manutention et de stockage bien
reliés au réseau autoroutier et pro-
fite du développement de la plate-
forme logistique aéroportuaire de
Luxembourg-Findel. La première
couronne devient donc le lieu privi-
légié des activités consommatrices
d’espace que sont les grandes sur-
faces commerciales et les entrepri-
ses de transport.
En second lieu, des transferts
centripètes à partir des espaces
périurbains en direction de l’aire
suburbaine et de la Ville de Luxem-
bourg peuvent être observés. La
Ville de Luxembourg bénéficie ainsi
d’un transfert très largement positif
en ce qui concerne les services aux
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T8 Transferts d’emplois par secteur, 1994-2005
Secteurs économiques
Luxembourg-Ville Aire suburbaine Couronne 1 Sud Couronne 2 Total
Entrée Sortie E/S Entrée Sortie E/S Entrée Sortie E/S Entrée Sortie E/S Entrée Sortie E/S Entrée Sortie
Industries de haute et
moyenne haute techno-
logie 0 58 0,0 161 0 0,0 19 0 0,0 0 0 0,0 0 122 0,0 180 180
Services orientés vers les
hautes technologies 428 747 0,6 748 362 2,1 200 250 0,8 81 43 1,9 52 107 0,5 1509 1509
Services aux entreprises 3772 2127 1,8 2639 2427 1,1 1294 2060 0,6 869 722 1,2 254 1492 0,2 8828 8828
Services financiers 518 1051 0,5 935 501 1,9 90 23 3,9 20 6 3,3 35 17 2,1 1598 1598
Enseignement supérieur,
santé, culture et sport 86 134 0,6 69 51 1,4 90 51 1,8 22 18 1,2 23 36 0,6 290 290
Industries de moyenne
faible et de faible tech-
nologie 296 904 0,3 292 253 1,2 538 1045 0,5 1619 327 5,0 444 660 0,7 3189 3189
Construction 675 2158 0,3 1189 1982 0,6 3075 895 3,4 774 700 1,1 566 544 1,0 6279 6279
Commerce et hôtellerie 1704 3424 0,5 4059 2267 1,8 3051 2139 1,4 1335 1519 0,9 1242 2042 0,6 11391 11391
Transports terrestres,
poste 285 921 0,3 587 327 1,8 1545 733 2,1 319 502 0,6 320 573 0,6 3056 3056
Autres services fournis
principalement aux
entreprises 1201 1828 0,7 1469 1126 1,3 359 80 4,5 22 9 2,4 0 8 0,0 3051 3051
Autres services person-
nels et activités 80 212 0,4 115 61 1,9 190 38 5,0 59 93 0,6 17 57 0,3 461 461
Total 9045 13564 0,7 12263 9357 1,3 10451 7314 1,4 5120 3939 0,8 2953 5658 0,5 39832 39832
Notes : E/S représente le rapport Entrée / Sortie.
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg
C2 Origine et destination des transferts d’emplois, 1994-2005
Source : IGSS 2005, calculs des auteurs, cartographie : O. KLEIN, CEPS/INSTEAD, 2008.
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10 P o p u l a t i o n & T e r r i t o i r e 1 5 - 2 0 0 9
Conclusion
tégration fonctionnelle : un noyau
en voie de spécialisation, une aire
suburbaine qui bénéficie du transfert
des activités les moins sujettes aux
contraintes de distance et de tran-
saction et une couronne qui se diver-
sifie, notamment dans le Sud où les
activités industrielles traditionnelles
sont progressivement remplacées
par des activités de services.
Les analyses conduites jusqu’ici
selon une nomenclature sectorielle
pourraient être approfondies en
considérant la nature exacte des
activités selon une approche fonc-
tionnelle développée par exemple
par Halbert (2004, 2007) dans l’ag-
glomération parisienne. Cette appro-
che permettrait d’atténuer l’un des
inconvénients principaux des clas-
sifications sectorielles, lié à l’hétéro-
généité des activités qui composent
chaque secteur. Le secteur de l’inter-
médiation financière, par exemple,
est composé de plusieurs activités
distinctes (traders, banquiers, mais
aussi gardes, secrétaires) qui relè-
vent de catégories socio-profes-
sionnelles très diverses mais qui
ont été appréhendées globalement
dans cette étude. Une approche par
les fonctions permettrait de rendre
compte de la tendance actuelle des
entreprises de services supérieurs à
adopter des localisations différentes
selon la nature de leurs activités inter-
nes plutôt que selon le secteur dans
lequel elles sont classées. Comme
l’ont montré récemment Duranton et
Puga (2005), les fonctions de com-
mandement ou de gestion d’une part
et les fonctions de production d’autre
part tendent actuellement à adopter
des localisations divergentes, ce qui
plaide à nouveau pour une appro-
che fonctionnelle de l’organisation
de l’espace économique.
T9 Soldes des transferts d’emplois par cycle économique et unité géographique, 1994-2005
Unité géographique 1994-1996 1996-1999 1999-2002 2002-2005
Luxembourg-Ville -1251 -2346 -1270 -732
Aire suburbaine 608 329 1373 -54
Couronne 1 614 1133 -214 916
Sud 591 905 311 44
Couronne 2 -562 -21 -200 -174
Total 0 0 0 0
Source : IGSS ; calculs des auteurs, CEPS/INSTEAD Luxembourg
entreprises, qui quittent les deux
couronnes pour des localisations
plus centrales (+1645 emplois). Loin
de se vider de ses emplois, la ville-
centre et l’aire suburbaine renforcent
leur attractivité dans certains sec-
teurs bien particuliers qui s’avèrent
fortement créateurs d’emplois.
Aux flux centripètes ou centrifuges
s’ajoutent, en troisième lieu, des
mouvements internes à la périphérie
dans le domaine des autres indus-
tries ainsi que, pour le commerce et
l’hôtellerie, un mouvement complexe
alimenté par la ville-centre et les
plus lointaines périphéries. La mise
en évidence de ces flux secondaires
permet d’illustrer la complexification
croissante de l’organisation urbaine,
sans toutefois remettre en cause le
schéma centre-périphérie dominant
à l’échelle métropolitaine.
mique générale de l’aire métropoli-
taine. Luxembourg-Ville demeure de
très loin le principal pôle d’emploi du
pays. Elle est en outre plutôt spécia-
lisée dans des secteurs fortement
créateurs d’emplois et demeure la
seule unité géographique connais-
sant une spécialisation de ses acti-
vités économiques. L’importance
du secteur financier et des activités
connexes à ce secteur, presque
exclusivement concentrées dans la
Ville de Luxembourg, explique ces
résultats. Comme l’ont montré Martin
(1994) et Thrift (1994) à Londres, la
décentralisation partielle de certains
services financiers peut conduire à
un renforcement de la compétitivité
du centre autour d’activités très spé-
cialisées.
A l’échelle considérée, les transferts
d’emploi ne peuvent être négligés
et contribuent à une part importante
de l’évolution régionale de l’emploi.
L’orientation des flux d’emploi y est
très différente selon les secteurs
considérés : alors que la construc-
tion, les transports et l’industrie (hors
hautes technologies) connaissent
une exurbanisation prononcée en
faveur de la première et deuxième
couronne, les services aux entrepri-
ses et les services financiers tendent
à une concentration au profit de l’ag-
glomération de Luxembourg.
Les différentiels observés en termes
de croissance de l’emploi permettent
de conclure à une (relative) redistri-
bution de l’activité économique entre
Luxembourg-Ville et son aire subur-
baine. L’interdépendance et la com-
plémentarité de ces deux espaces
centraux se renforce à travers des
échanges d’emplois importants, au
profit des activités de services supé-
rieurs. L’ensemble géographique
dessine d’ailleurs le contour d’une
aire métropolitaine en cours d’in-
Dans quelle mesure les résultats
présentés dans les sections pré-
cédentes peuvent-ils contribuer
au débat relatif à la réorganisation
des activités économiques dans les
aires métropolitaines ? L’exemple
de Luxembourg a montré que l’aire
métropolitaine, bien que de petite
taille en comparaison internationale,
a été fortement concernée par un
processus de suburbanisation de
l’emploi de 1994 à 2005. Cette crois-
sance a particulièrement bénéficié
à l’aire suburbaine de Luxembourg
et à la première couronne tandis
que Luxembourg-Ville connaissait la
croissance la plus faible. En termes
strictement quantitatifs, ces résultats
confirment le déclin relatif de la vil-
le-centre sur la période considérée,
aujourd’hui concurrencée par sa
proche périphérie.
Cependant, comme dans d’autres
métropoles de plus grande taille,
les résultats confirment que la crois-
sance inégale de l’emploi a conduit
à une spécialisation sectorielle dans
la ville-centre au profit des activi-
tés de services supérieurs, notam-
ment les services orientés vers les
hautes technologies, les services
aux entreprises et les autres servi-
ces personnels. Même si le poids de
la ville-centre a décliné en termes
relatifs sur la période considérée,
son importance en termes absolus
reste déterminante dans la dyna-
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CEPS/INSTEAD
B.P. 48
L-4501 Differdange
Tél. : 58 58 55-513
e-mail : isabelle.bouvy@ceps.lu
http://www.ceps.lu
ISSN 1813-5153
Editeur : CEPS/INSTEAD ID : 02-09-0456-E
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Annexe : Secteurs économiques considérés et codes NACE correspondants
Secteurs économiques NACE rev. 1.
Industries de haute et moyenne haute technologie 24.1-24.4, 29-34, 35.2-35.5
Services orientés vers les hautes technologies 64.2, 72-73
Services aux entreprises 61-62, 63.2, 63.4, 70, 71, 74.1-74.5
Services financiers 65-67
Enseignement supérieur, santé, culture et sport 80.3, 85.1, 92
Industries de moyenne faible et de faible technologie 15-23, 25-28, 35.1, 36-37
Construction 45
Commerce 50-52
Transports terrestres, poste 60, 63.1, 63.3, 64.1
Autres services fournis principalement aux entreprises 74.6-74.8
Hôtellerie 55
Autres services personnels et activités 93, 95-97
Source : OCDE, modifié par les auteurs.
Encadré : Concentration-dispersion, spécialisation-diversification
Les termes de concentration, dispersion, spécialisation et diversification sont souvent utilisés dans
des contextes particuliers, qu’il s’agisse d’économie ou de géographie. Ces termes recouvrent des
réalités appréhendées selon deux points de vue distincts : les secteurs économiques ou les espaces
géographiques. Les économistes s’intéresseront alors à la spécialisation ou à la diversification des
emplois dans les secteurs d’une économie particulière, alors que les géographes s’intéresseront à
la concentration ou à la dispersion des emplois dans un espace particulier.
Concentration et dispersion
La concentration géographique d’un secteur économique se rapporte à la manière dont les effectifs
de ce secteur sont distribués dans l’espace. L’étude de la concentration permet de répondre à la
question de savoir si les emplois globaux ou sectoriels sont concentrés, uniformément distribués ou
dispersés selon les unités géographiques considérées.
Spécialisation et diversification
La spécialisation sectorielle d’une unité spatiale se rapporte à la répartition des différents secteurs
de l’économie par rapport à un ensemble plus vaste. L’étude de la spécialisation permet de savoir
si les unités géographiques (y compris l’Etat) sont spécialisées ou diversifiées selon les unités sec-
torielles considérées.

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