L’échange généralisé : urbanisation et relations villes-campagnes en Afrique de l’ouest
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L’échange généralisé : urbanisation et relations villes-campagnes en Afrique de l’ouest
L’ÉCHANGE GÉNÉRALISÉ : URBANISATION ET RELATIONS
VILLES-CAMPAGNES EN AFRIQUE DE L’OUEST
Olivier WALTHER
www.afriquefrontieres.org
WABI/DT/35/07
VILLES-CAMPAGNES EN AFRIQUE DE L’OUEST
Olivier WALTHER
www.afriquefrontieres.org
WABI/DT/35/07
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NAISSANCE D’UNE INITIATIVE
Sous l’impulsion d’un atelier sur la
coopération frontalière organisé à
Ouagadougou en juillet 2003, est lancée
l’initiative « Frontières et Intégrations en
Afrique de l'Ouest », appelée WABI selon
son acronyme anglais (West African Borders
and Integration). Elle est portée par une
structure étatique (la Direction Nationale des
Frontières du Mali, DNF), une ONG (ENDA-
Diapol) et une organisation internationale (le
Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest,
CSAO-OCDE) qui en assure le financement.
WABI repose sur la convergence de ces trois
institutions et sur le partage d’informations
avec un réseau de partenaires autour d’une
préoccupation commune : la promotion de la
coopération transfrontalière comme moteur
de l’intégration régionale, du développement
et de la paix.
COMMUNIQUER LOCALEMENT ET RÉGIONALEMENT
Une des fonctions de WABI est de favoriser le regroupement et le partage
d’informations sur les problématiques de la coopération frontalière. Les
publications imprimées et le site « Frontières et Intégrations en Afrique de
l'Ouest » sont le support de cette communication :
- Les documents de travail : études de terrain, comptes rendus de
réunions, organes de débats.
- Les fiches illustrées : présentation d’initiatives locales, nationales ou
régionales; argumentaires sur la dimension régionale de différentes
problématiques (coton, transport, conflits...).
Ces deux supports sont désormais disponibles sur cd-rom.
- Le site internet http://www.afriquefrontieres.org : centre de ressources
documentaires sur la coopération frontalière et l’intégration régionale,
espace d’échanges des expériences de terrain, de mise en réseau
des agendas, de publications, d’information (presse).
Nous joindre, Nous rejoindre
Enda Prospectives Dialogues Politiques Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE
BP 7329 Dakar - Sénégal 2, rue André Pascal 75775 Paris Cedex 16 - France
Tél : + (221) 823 53 47 – Fax : + (221) 823 67 13 Tél : +33 (0) 1 45 24 89 68 - Fax : +33 (0) 1 45 24 90 31
Site : www.enda.sn/diapol Site : www.oecd.org/sah
Contact : Mohamadou Abdoul Contact : Marie Trémolières
E-mail : diapol@enda.sn E-mail : marie.tremolieres@oecd.org
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L’ÉCHANGE GÉNÉRALISÉ : URBANISATION
ET RELATIONS VILLES-CAMPAGNES EN AFRIQUE DE L’OUEST
Olivier WALTHER
NOVEMBRE 2006
COLLECTION INITIÉE PAR ENDA/DIAPOL, LE SECRÉTARIAT DU CLUB DU SAHEL ET DE L'AFRIQUE DE
L'OUEST/OCDE.
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1. INTRODUCTION : DES VILLES ET DES CAMPAGNES AUX LIMITES IMPRÉCISES1
Jusqu’aux années 1990, les relations entre villes et campagnes ouest-africaines ont
souvent été conçues sous le prisme de la concurrence ou de l’exclusion. Certaines études
récentes ont toutefois contribué à renverser les perspectives, en attribuant un rôle
complémentaire aux deux parties et en reconnaissant que les visions pro-urbaines ou pro-
rurales nuisaient à la compréhension des phénomènes humains et à l’action en
développement (Club du Sahel, 2001 ; Cour et Snrech, 1998 ; United Nations, 2001b).
Ainsi, à mesure que s’intensifient les échanges économiques et sociaux entre espaces
urbains et ruraux, devient-il impossible de séparer radicalement les deux parties. Depuis le
centre de la ville, parfois multiplié par ses fonctions diverses, prolongé par les faubourgs,
les banlieues proches ou éloignées, les cités satellites et jusqu’aux espaces ruraux, les
frontières sont aussi floues que disputées. Dynamisés par des pratiques de mobilité
complexes, les espaces des villes et ceux des campagnes semblent rarement marquer
une coupure stricte et, plus généralement, s’associent de manière complémentaire,
jusqu’à former des ensembles indistincts.
Deux orientations contradictoires semblent pourtant se dégager de l’étude des pratiques et
des représentations de la mobilité ouest-africaine : d’une part, des migrations urbaines qui
résultent de stratégies conjoncturelles, d’autre part, des mouvements complexes de retour
à la campagne d’anciens citadins, illustrant une forme d’émigration urbaine originale. Ces
tendances soulignent le fait que les rapports entre le centre et ses périphéries se
distinguent par leur flexibilité et par une recherche continue des avantages comparatifs de
l’un et des autres, en fonction de la conjoncture économique, mais aussi des ambitions et
des compétences sociales individuelles.
L’analyse de ce cadre général nécessite alors de mieux comprendre les migrations qui
prennent la ville pour destination ou pour point de départ, dans une perspective alliant
souplesse et continuité. Une des manières d’y parvenir est de s’appuyer sur une
conception de l’espace dans laquelle les villes se situent à l’articulation des espaces de
production et des linéaments de circulation (Retaillé, 1995, 2005) et de postuler que le
fonctionnement des villes s’effectue non seulement au travers de relations interurbaines
mais également par l’intermédiaire des liens entre villes et campagnes (Lynch, 2005 ;
Pedersen, 1997 ; Satterthwaite et Tacoli, 2003 ; Tacoli, 2002). Il s’agit d’une position qui a
l’avantage de centrer l’intérêt sur les flux qui s’exercent entre les espaces non cloisonnés
des villes et des campagnes, plutôt que de focaliser l’attention sur une hypothétique
délimitation spatiale des unes et des autres, rendue largement improbable par les
définitions multiples, les bases statistiques lacunaires, et surtout, par les modes de vie
adoptés par les sociétés étudiées, lesquelles privilégient le mouvement face à l’incertitude.
1 Certaines des réflexions de cet article relatives aux mobilités ouest-africaines ont été développées dans deux
publications antérieures du même auteur : WALTHER, O. 2004 et 2006.
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Jusqu’aux années 1990, les relations entre villes et campagnes ouest-africaines ont
souvent été conçues sous le prisme de la concurrence ou de l’exclusion. Certaines études
récentes ont toutefois contribué à renverser les perspectives, en attribuant un rôle
complémentaire aux deux parties et en reconnaissant que les visions pro-urbaines ou pro-
rurales nuisaient à la compréhension des phénomènes humains et à l’action en
développement (Club du Sahel, 2001 ; Cour et Snrech, 1998 ; United Nations, 2001b).
Ainsi, à mesure que s’intensifient les échanges économiques et sociaux entre espaces
urbains et ruraux, devient-il impossible de séparer radicalement les deux parties. Depuis le
centre de la ville, parfois multiplié par ses fonctions diverses, prolongé par les faubourgs,
les banlieues proches ou éloignées, les cités satellites et jusqu’aux espaces ruraux, les
frontières sont aussi floues que disputées. Dynamisés par des pratiques de mobilité
complexes, les espaces des villes et ceux des campagnes semblent rarement marquer
une coupure stricte et, plus généralement, s’associent de manière complémentaire,
jusqu’à former des ensembles indistincts.
Deux orientations contradictoires semblent pourtant se dégager de l’étude des pratiques et
des représentations de la mobilité ouest-africaine : d’une part, des migrations urbaines qui
résultent de stratégies conjoncturelles, d’autre part, des mouvements complexes de retour
à la campagne d’anciens citadins, illustrant une forme d’émigration urbaine originale. Ces
tendances soulignent le fait que les rapports entre le centre et ses périphéries se
distinguent par leur flexibilité et par une recherche continue des avantages comparatifs de
l’un et des autres, en fonction de la conjoncture économique, mais aussi des ambitions et
des compétences sociales individuelles.
L’analyse de ce cadre général nécessite alors de mieux comprendre les migrations qui
prennent la ville pour destination ou pour point de départ, dans une perspective alliant
souplesse et continuité. Une des manières d’y parvenir est de s’appuyer sur une
conception de l’espace dans laquelle les villes se situent à l’articulation des espaces de
production et des linéaments de circulation (Retaillé, 1995, 2005) et de postuler que le
fonctionnement des villes s’effectue non seulement au travers de relations interurbaines
mais également par l’intermédiaire des liens entre villes et campagnes (Lynch, 2005 ;
Pedersen, 1997 ; Satterthwaite et Tacoli, 2003 ; Tacoli, 2002). Il s’agit d’une position qui a
l’avantage de centrer l’intérêt sur les flux qui s’exercent entre les espaces non cloisonnés
des villes et des campagnes, plutôt que de focaliser l’attention sur une hypothétique
délimitation spatiale des unes et des autres, rendue largement improbable par les
définitions multiples, les bases statistiques lacunaires, et surtout, par les modes de vie
adoptés par les sociétés étudiées, lesquelles privilégient le mouvement face à l’incertitude.
1 Certaines des réflexions de cet article relatives aux mobilités ouest-africaines ont été développées dans deux
publications antérieures du même auteur : WALTHER, O. 2004 et 2006.
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2. UNE URBANISATION RÉCENTE ET EXPLOSIVE
Continent le moins urbanisé du monde avec un peu moins de 40 % de citadins en 2001,
l’Afrique connaît pourtant une croissance de la population urbaine durable et rapide.
Celle-ci fut extrêmement élevée dans les années 1950 à 2000, atteignant le chiffre record
de 4,4 %, ce qui équivaut à un doublement de la population citadine en seize ans. Ce
phénomène connaîtra selon toute vraisemblance une légère baisse durant les trente
prochaines années pour atteindre 3,3 % (United Nations, 2001a). A l’échelle de l’Afrique
de l’Ouest, la proportion de citadins dans la population totale est passée de 10 % en 1950
à 40 % en 2000 et atteindra presque 60 % en 2025. En chiffres absolus, cela signifie que
si 6 millions de personnes habitaient les villes en 1950, elles sont plus de 90 millions
aujourd’hui et seront près de 260 millions en 2030.
Au niveau national, les pays d’Afrique de l’Ouest se singularisent par des taux globaux
d’urbanisation très faible: en 2000, le Burkina Faso et le Niger comptaient parmi les Etats
les moins urbanisés de la planète avec respectivement 16,5 % et 20,6 % de leur
population vivant dans les villes. En revanche, les taux de croissance urbaine par Etat ont
été parmi les plus élevés au monde entre 1950 et 2000 : la Mauritanie vient en tête de ce
classement avec une augmentation annuelle de 8,8 %, suivie du Bénin, du Soudan et de
la Côte d’Ivoire. D’ici à 2030, le Niger sera le troisième pays au monde de plus forte
croissance urbaine avec plus de 5,5 % de moyenne annuelle, suivi du Burkina Faso, du
Liberia et du Tchad. Jusqu’à 2050, la population du Niger risque de passer de 10,7 à plus
de 53 millions d’habitants (United Nations, 2004), ce qui en ferait le deuxième pays le plus
peuplé d’Afrique de l’Ouest après le Nigeria.
Entre 1950 et 2000, le taux de croissance global des villes ouest-africaines, mesuré à
5,3 % par année, fut le plus élevé du monde, après celui de l’Afrique de l’Est. Les très
grandes villes de la région ont vu leur population croître à un rythme accéléré, notamment
Lagos (Nigeria), qui figure dans les prévisions des villes de plus de 10 millions d’habitants
en 2015. Cependant, le terme de macrocéphalie qui a pu parfois être appliqué aux
réseaux urbains ouest-africains est sans doute exagéré. Certes, certaines capitales, telles
Conakry, Niamey, Bamako ou Dakar, concentrent une proportion très importante de la
population urbaine nationale, mais il semble que « contrairement aux idées reçues,
l’urbanisation de l’Afrique de l’Ouest [soit] relativement bien distribuée » (Club du Sahel,
2000 ; 5). L’heure est donc aujourd’hui au ralentissement de la croissance des plus
grandes villes, « le paroxysme de l’urbanisation [étant] désormais passé en Afrique de
l’Ouest. Les taux de croissance démographique des villes au cours des trente dernières
années […] n’ont guère de chance de se reproduire : le changement du rapport d’effectifs
entre villes et campagnes interdit désormais de telles variations » (Cour et Snrech, 1998 ;
46). Cela n’empêche pas les villes petites et moyennes de connaître un développement
démographique vigoureux, d’autant plus important que le réseau urbain régional dans
lequel elles s’inscrivent possède déjà un certain nombre de centres secondaires :
300 villes auront plus de 100'000 habitants en 2010 alors qu’elles n’étaient que 17 en
1960.
Jusqu’aux années 1970 au moins, une grande part de l’augmentation de la taille des villes
est due au croît interne, lequel peut être évalué à environ deux tiers de la croissance
urbaine selon les méthodes de calcul (Bocquier et Traoré, 2000). Par la suite, l’apport des
migrants ruraux a été déterminant dans la croissance des villes africaines.
« Contrairement au cas de l’Amérique ou de l’Asie – rappellent sur ce point J.-M. Cour et
S. Snrech (1998 ; 13) –, les villes ouest-africaines n’ont pu se constituer avec un fort
apport de migrants d’origine urbaine formés ailleurs et apportant avec eux des
compétences et des capitaux. »
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Continent le moins urbanisé du monde avec un peu moins de 40 % de citadins en 2001,
l’Afrique connaît pourtant une croissance de la population urbaine durable et rapide.
Celle-ci fut extrêmement élevée dans les années 1950 à 2000, atteignant le chiffre record
de 4,4 %, ce qui équivaut à un doublement de la population citadine en seize ans. Ce
phénomène connaîtra selon toute vraisemblance une légère baisse durant les trente
prochaines années pour atteindre 3,3 % (United Nations, 2001a). A l’échelle de l’Afrique
de l’Ouest, la proportion de citadins dans la population totale est passée de 10 % en 1950
à 40 % en 2000 et atteindra presque 60 % en 2025. En chiffres absolus, cela signifie que
si 6 millions de personnes habitaient les villes en 1950, elles sont plus de 90 millions
aujourd’hui et seront près de 260 millions en 2030.
Au niveau national, les pays d’Afrique de l’Ouest se singularisent par des taux globaux
d’urbanisation très faible: en 2000, le Burkina Faso et le Niger comptaient parmi les Etats
les moins urbanisés de la planète avec respectivement 16,5 % et 20,6 % de leur
population vivant dans les villes. En revanche, les taux de croissance urbaine par Etat ont
été parmi les plus élevés au monde entre 1950 et 2000 : la Mauritanie vient en tête de ce
classement avec une augmentation annuelle de 8,8 %, suivie du Bénin, du Soudan et de
la Côte d’Ivoire. D’ici à 2030, le Niger sera le troisième pays au monde de plus forte
croissance urbaine avec plus de 5,5 % de moyenne annuelle, suivi du Burkina Faso, du
Liberia et du Tchad. Jusqu’à 2050, la population du Niger risque de passer de 10,7 à plus
de 53 millions d’habitants (United Nations, 2004), ce qui en ferait le deuxième pays le plus
peuplé d’Afrique de l’Ouest après le Nigeria.
Entre 1950 et 2000, le taux de croissance global des villes ouest-africaines, mesuré à
5,3 % par année, fut le plus élevé du monde, après celui de l’Afrique de l’Est. Les très
grandes villes de la région ont vu leur population croître à un rythme accéléré, notamment
Lagos (Nigeria), qui figure dans les prévisions des villes de plus de 10 millions d’habitants
en 2015. Cependant, le terme de macrocéphalie qui a pu parfois être appliqué aux
réseaux urbains ouest-africains est sans doute exagéré. Certes, certaines capitales, telles
Conakry, Niamey, Bamako ou Dakar, concentrent une proportion très importante de la
population urbaine nationale, mais il semble que « contrairement aux idées reçues,
l’urbanisation de l’Afrique de l’Ouest [soit] relativement bien distribuée » (Club du Sahel,
2000 ; 5). L’heure est donc aujourd’hui au ralentissement de la croissance des plus
grandes villes, « le paroxysme de l’urbanisation [étant] désormais passé en Afrique de
l’Ouest. Les taux de croissance démographique des villes au cours des trente dernières
années […] n’ont guère de chance de se reproduire : le changement du rapport d’effectifs
entre villes et campagnes interdit désormais de telles variations » (Cour et Snrech, 1998 ;
46). Cela n’empêche pas les villes petites et moyennes de connaître un développement
démographique vigoureux, d’autant plus important que le réseau urbain régional dans
lequel elles s’inscrivent possède déjà un certain nombre de centres secondaires :
300 villes auront plus de 100'000 habitants en 2010 alors qu’elles n’étaient que 17 en
1960.
Jusqu’aux années 1970 au moins, une grande part de l’augmentation de la taille des villes
est due au croît interne, lequel peut être évalué à environ deux tiers de la croissance
urbaine selon les méthodes de calcul (Bocquier et Traoré, 2000). Par la suite, l’apport des
migrants ruraux a été déterminant dans la croissance des villes africaines.
« Contrairement au cas de l’Amérique ou de l’Asie – rappellent sur ce point J.-M. Cour et
S. Snrech (1998 ; 13) –, les villes ouest-africaines n’ont pu se constituer avec un fort
apport de migrants d’origine urbaine formés ailleurs et apportant avec eux des
compétences et des capitaux. »
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Ces particularités sont bien évidemment liées à un accroissement naturel extrêmement
élevé, conséquence de la transition démographique en cours. Alors que l’ensemble des
pays sahéliens se situe en seconde phase de ce processus, caractérisé par des taux de
natalité élevés (env. 50 ‰) et des taux de mortalité en diminution (env. 20 ‰), les pays
côtiers du Golfe de Guinée connaissent une situation quelque peu différente puisque la
mortalité infantile y est plus faible. Néanmoins, de l’Océan Atlantique à l’Afrique centrale,
le nombre d’enfants par femme, passé de 7,0 à 5,7 de 1970 à 2000, demeure l’un des plus
élevés du monde (United Nations, 2004). Ce contexte démographique, conjugué à une
crise économique persistante, favorise une importante mobilité géographique.
3. UNE INTENSE MOBILITÉ
L’Afrique de l’Ouest est le lieu d’importantes migrations qui prennent des orientations
différentes selon les échelles considérées : du milieu rural vers les villes et inversement,
entre les villes de taille semblable ou inégale, depuis les grands foyers de départ sahéliens
en direction des plantations de la zone guinéenne ou des villes côtières du Golfe de
Guinée, enfin vers l’Union européenne et les Etats-Unis.
A une échelle sous-continentale, la majorité des migrants quittent les régions du Zarma
Ganda nigérien, du nord et de l’est du Mali, de Kayes et du nord de la Guinée pour se
diriger vers les zones agro-industrielles à densités de population importantes du Sénégal,
de Côte d’Ivoire, du Ghana et du Nigeria. Les foyers de départ constituent en général des
aires défavorisées par les conditions climatiques et économiques (Dubresson, Marchal et
Raison, 1994).
Au plan régional, les capitales et les implantations minières, de même que les petites et
moyennes localités constituent des pôles d’attraction. Lors de graves sécheresses, un
mouvement de repli stratégique des populations nomades en direction des villes
sahéliennes et soudaniennes est observé.
Au plan local, les flux migratoires sont plus difficiles à interpréter car il n’est pas toujours
aisé de distinguer ce qui relève de la migration définitive de ce qui s’apparente à des
déplacements conjoncturels. Ni la densité, ni la fécondité, ni les « potentialités » d’une
région ne sauraient constituer à elles seules des variables explicatives de la migration. De
nombreuses sociétés ont en outre ancré dans leurs usages sociaux le principe du
déplacement temporaire ou définitif. C’est dire si « le départ à la ville a rarement été, en
Afrique tropicale, arrachement définitif des racines, [et qu’] il l’est sans doute moins que
jamais, les liens avec la terre étant essentiels à la survie » (Raison, 1993 : 8). Même si
certains groupes sociaux manifestent une tendance plus marquée à la migration, il n’y a
cependant pas d’« ethnies migratrices » en Afrique de l’Ouest.
En revanche, certains peuples semblent posséder une grande capacité d’adaptation à des
contextes nouveaux, même lorsque leur mode de vie est fortement modifié. Frappés dans
leurs moyens de subsistance et d'échange par les sécheresses, les nomades sahélo-
sahariens ont ainsi adopté des formes de mobilité nouvelles, marquées, comme en
Mauritanie, par un développement du secteur touristique, par une sédentarisation partielle
des membres de la famille assurant le maintien d’un cheptel et par un nomadisme « de
week-end » autour des grandes villes, pratique qui permet aux fonctionnaires de quitter
leur domicile avec leur famille pour rejoindre un parent dans le désert. Ces mouvements,
visibles également à l’occasion des fêtes, provoquent le dépeuplement saisonnier des
centres urbains.
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élevé, conséquence de la transition démographique en cours. Alors que l’ensemble des
pays sahéliens se situe en seconde phase de ce processus, caractérisé par des taux de
natalité élevés (env. 50 ‰) et des taux de mortalité en diminution (env. 20 ‰), les pays
côtiers du Golfe de Guinée connaissent une situation quelque peu différente puisque la
mortalité infantile y est plus faible. Néanmoins, de l’Océan Atlantique à l’Afrique centrale,
le nombre d’enfants par femme, passé de 7,0 à 5,7 de 1970 à 2000, demeure l’un des plus
élevés du monde (United Nations, 2004). Ce contexte démographique, conjugué à une
crise économique persistante, favorise une importante mobilité géographique.
3. UNE INTENSE MOBILITÉ
L’Afrique de l’Ouest est le lieu d’importantes migrations qui prennent des orientations
différentes selon les échelles considérées : du milieu rural vers les villes et inversement,
entre les villes de taille semblable ou inégale, depuis les grands foyers de départ sahéliens
en direction des plantations de la zone guinéenne ou des villes côtières du Golfe de
Guinée, enfin vers l’Union européenne et les Etats-Unis.
A une échelle sous-continentale, la majorité des migrants quittent les régions du Zarma
Ganda nigérien, du nord et de l’est du Mali, de Kayes et du nord de la Guinée pour se
diriger vers les zones agro-industrielles à densités de population importantes du Sénégal,
de Côte d’Ivoire, du Ghana et du Nigeria. Les foyers de départ constituent en général des
aires défavorisées par les conditions climatiques et économiques (Dubresson, Marchal et
Raison, 1994).
Au plan régional, les capitales et les implantations minières, de même que les petites et
moyennes localités constituent des pôles d’attraction. Lors de graves sécheresses, un
mouvement de repli stratégique des populations nomades en direction des villes
sahéliennes et soudaniennes est observé.
Au plan local, les flux migratoires sont plus difficiles à interpréter car il n’est pas toujours
aisé de distinguer ce qui relève de la migration définitive de ce qui s’apparente à des
déplacements conjoncturels. Ni la densité, ni la fécondité, ni les « potentialités » d’une
région ne sauraient constituer à elles seules des variables explicatives de la migration. De
nombreuses sociétés ont en outre ancré dans leurs usages sociaux le principe du
déplacement temporaire ou définitif. C’est dire si « le départ à la ville a rarement été, en
Afrique tropicale, arrachement définitif des racines, [et qu’] il l’est sans doute moins que
jamais, les liens avec la terre étant essentiels à la survie » (Raison, 1993 : 8). Même si
certains groupes sociaux manifestent une tendance plus marquée à la migration, il n’y a
cependant pas d’« ethnies migratrices » en Afrique de l’Ouest.
En revanche, certains peuples semblent posséder une grande capacité d’adaptation à des
contextes nouveaux, même lorsque leur mode de vie est fortement modifié. Frappés dans
leurs moyens de subsistance et d'échange par les sécheresses, les nomades sahélo-
sahariens ont ainsi adopté des formes de mobilité nouvelles, marquées, comme en
Mauritanie, par un développement du secteur touristique, par une sédentarisation partielle
des membres de la famille assurant le maintien d’un cheptel et par un nomadisme « de
week-end » autour des grandes villes, pratique qui permet aux fonctionnaires de quitter
leur domicile avec leur famille pour rejoindre un parent dans le désert. Ces mouvements,
visibles également à l’occasion des fêtes, provoquent le dépeuplement saisonnier des
centres urbains.
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Les sociétés nomades ne sont pas les seules à connaître ce mouvement. Les cultivateurs
dogon du Mali ont vécu, depuis le début de la colonisation, une évolution tout aussi
marquée par la mobilité géographique (Petit, 1998). Alors que l’essentiel de l’habitat se
trouvait niché dans les éboulis de la Falaise de Bandiagara ou sur les buttes de la région
du Piniari consécutivement à la menace esclavagiste précoloniale, un vaste mouvement
de migration d’un espace compact, organique et perché, en direction de la plaine se
manifeste depuis plusieurs décennies (Walther, 2003). Aujourd’hui, la mobilité s’apparente
à une certaine forme d’émancipation sociale et généalogique, car ce sont avant tout les
cadets ou les dépendants qui quittent les anciens villages pour fonder de nouvelles
communautés rurales ou qui s’installent en ville. Cette migration locale, qui s’étend
également aux centres urbains nationaux et aux métropoles côtières du Golfe de Guinée,
tend donc à s’instituer comme un passage obligé pour ceux qui ne trouvent pas les
conditions de leur succès économique, social et matrimonial dans leur village d’origine.
3.1 Migrations urbaines : une recherche d’avantages économiques et sociaux
Dans le débat scientifique des années 1970-1980, le thème des migrations urbaines était
généralement appréhendé comme une tendance qu’il convenait d’enrayer au moyen de
stratégies de développement permettant de « freiner » les flux de migrants attirés par la
ville. Peu d’observateurs des dynamiques spatiales ouest-africaines reconnaissaient, à
cette époque, le caractère inéluctable de ce phénomène. Par le fait que les villes étaient
systématiquement assimilées à des espaces de corruption, les migrations urbaines
représentaient une évolution néfaste du mode de vie « traditionnel », « l’urbanisation
procédant d’une rupture profonde conduisant d’une part au déracinement de populations
rurales brutalement agglomérées dans des cités où leur subsistance est précaire, d’autre
part à la stérilisation d’un espace rural vidé de ses forces vives » (Chaléard et Dubresson,
1989 ; 277). Inexactement qualifiées d’« exode », les migrations urbaines furent accusées
de vider les campagnes, alors que la population rurale ne cessait de s’accroître, passant à
l’échelle de l’Afrique de l’Ouest de 54,3 à 138,2 millions entre 1950 et 2001 (United
Nations, 2001a).
Une importante littérature économique s’est attachée à étudier les déséquilibres de
revenus entre villes et campagnes et l’attraction différentielle du centre sur sa périphérie,
étant entendu que les élites urbaines vivaient au détriment des paysans et de leurs
surplus. Cette théorie trouva un écho favorable à la fois chez les libéraux, qui dénonçaient
les distorsions de marché qu’une telle situation pouvait entraîner, et chez les
dépendantistes, qui voyaient dans cette élite une classe privilégiée par rapport aux
masses rurales prolétarisées. Elle s’appuyait sur l’argument que les hauts revenus urbains
étaient à l’origine des flux migratoires se dirigeant vers les villes et établissait que « the
flow of migrants from rural to urban areas [was] determined by the ratio of expected urban
income to expected rural income » (Jamal et Weeks, 1993 ; 29), le second paramètre
étant supposé constant alors que le premier dépendait des salaires urbains et de la
probabilité d’obtenir un travail. A mesure que les emplois urbains se multipliaient, la
théorie prévoyait que l’attrait de la cité se renforçait, contribuant à accroître l’exode rural,
et consécutivement, à augmenter le chômage urbain. La seule solution pour réduire celui-
ci consistait alors à augmenter les revenus des ruraux, ce qui permettait également de
légitimer les programmes de développement ruraux mis en place durant cette période.
A partir des années 1990, ce cadre théorique a été largement contredit par les faits, ces
derniers montrant que l’exode vers les grands centres se maintenait quand bien même le
salaire réel diminuait constamment et que son écart entre zones urbaines et rurales était
faible. Certains auteurs se sont alors acheminés vers une conception des rapports entre
villes et campagnes dans laquelle « l’une des fonctions des villes est d’attirer autant de
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dogon du Mali ont vécu, depuis le début de la colonisation, une évolution tout aussi
marquée par la mobilité géographique (Petit, 1998). Alors que l’essentiel de l’habitat se
trouvait niché dans les éboulis de la Falaise de Bandiagara ou sur les buttes de la région
du Piniari consécutivement à la menace esclavagiste précoloniale, un vaste mouvement
de migration d’un espace compact, organique et perché, en direction de la plaine se
manifeste depuis plusieurs décennies (Walther, 2003). Aujourd’hui, la mobilité s’apparente
à une certaine forme d’émancipation sociale et généalogique, car ce sont avant tout les
cadets ou les dépendants qui quittent les anciens villages pour fonder de nouvelles
communautés rurales ou qui s’installent en ville. Cette migration locale, qui s’étend
également aux centres urbains nationaux et aux métropoles côtières du Golfe de Guinée,
tend donc à s’instituer comme un passage obligé pour ceux qui ne trouvent pas les
conditions de leur succès économique, social et matrimonial dans leur village d’origine.
3.1 Migrations urbaines : une recherche d’avantages économiques et sociaux
Dans le débat scientifique des années 1970-1980, le thème des migrations urbaines était
généralement appréhendé comme une tendance qu’il convenait d’enrayer au moyen de
stratégies de développement permettant de « freiner » les flux de migrants attirés par la
ville. Peu d’observateurs des dynamiques spatiales ouest-africaines reconnaissaient, à
cette époque, le caractère inéluctable de ce phénomène. Par le fait que les villes étaient
systématiquement assimilées à des espaces de corruption, les migrations urbaines
représentaient une évolution néfaste du mode de vie « traditionnel », « l’urbanisation
procédant d’une rupture profonde conduisant d’une part au déracinement de populations
rurales brutalement agglomérées dans des cités où leur subsistance est précaire, d’autre
part à la stérilisation d’un espace rural vidé de ses forces vives » (Chaléard et Dubresson,
1989 ; 277). Inexactement qualifiées d’« exode », les migrations urbaines furent accusées
de vider les campagnes, alors que la population rurale ne cessait de s’accroître, passant à
l’échelle de l’Afrique de l’Ouest de 54,3 à 138,2 millions entre 1950 et 2001 (United
Nations, 2001a).
Une importante littérature économique s’est attachée à étudier les déséquilibres de
revenus entre villes et campagnes et l’attraction différentielle du centre sur sa périphérie,
étant entendu que les élites urbaines vivaient au détriment des paysans et de leurs
surplus. Cette théorie trouva un écho favorable à la fois chez les libéraux, qui dénonçaient
les distorsions de marché qu’une telle situation pouvait entraîner, et chez les
dépendantistes, qui voyaient dans cette élite une classe privilégiée par rapport aux
masses rurales prolétarisées. Elle s’appuyait sur l’argument que les hauts revenus urbains
étaient à l’origine des flux migratoires se dirigeant vers les villes et établissait que « the
flow of migrants from rural to urban areas [was] determined by the ratio of expected urban
income to expected rural income » (Jamal et Weeks, 1993 ; 29), le second paramètre
étant supposé constant alors que le premier dépendait des salaires urbains et de la
probabilité d’obtenir un travail. A mesure que les emplois urbains se multipliaient, la
théorie prévoyait que l’attrait de la cité se renforçait, contribuant à accroître l’exode rural,
et consécutivement, à augmenter le chômage urbain. La seule solution pour réduire celui-
ci consistait alors à augmenter les revenus des ruraux, ce qui permettait également de
légitimer les programmes de développement ruraux mis en place durant cette période.
A partir des années 1990, ce cadre théorique a été largement contredit par les faits, ces
derniers montrant que l’exode vers les grands centres se maintenait quand bien même le
salaire réel diminuait constamment et que son écart entre zones urbaines et rurales était
faible. Certains auteurs se sont alors acheminés vers une conception des rapports entre
villes et campagnes dans laquelle « l’une des fonctions des villes est d’attirer autant de
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personnes que les conditions urbaines le permettent. Le coût élevé de la vie fait du nouvel
arrivé un nouveau pauvre. C’est pourquoi il faut se préoccuper de la durée moyenne
d’intégration des migrants, plutôt que de la présence des pauvres dans les villes » (Cour,
2004 ; 11). Ce nouveau paradigme a le mérite de présenter une vision moins misérabiliste
de la pauvreté urbaine. Dans cette perspective, V. Jamal et J. Weeks (1993) proposent
alors de considérer que les inégalités actuelles sont plus fortes à l’intérieur des zones
rurales et urbaines qu’entre les villes et les campagnes. Ils fondent leur argument sur le
fait qu’il n’y a pas eu de rééquilibrage entre ces deux espaces mais un processus
d’appauvrissement au sein de chacun d’entre eux, un phénomène visible à travers la
baisse des salaires urbains depuis le milieu des années 1970.
Ces observations permettent de mettre en évidence le fait que les citadins d’aujourd’hui ne
forment plus une classe privilégiée par rapport aux ruraux, comme l’atteste d’ailleurs la
tendance générale à la diminution du fossé de revenus entre villes et campagnes
(exception faite du Nigeria). Contrairement à ce qui pouvait être attendu, l’atténuation de
l’écart entre milieu urbain et rural n’a pas amélioré la distribution générale des revenus,
laquelle est restée inégalitaire : le fossé sépare désormais les individus enrichis par le
commerce international et la fréquentation de l’appareil étatique de ceux qui ont le plus
perdu, surtout les fonctionnaires subalternes, les travailleurs de l’informel non qualifiés et
les petits paysans.
Malgré la crise de l’emploi urbain, les ruraux semblent toujours à la recherche d’une
activité professionnelle en ville. Des modèles attentifs aux motivations sociales et aux
avantages respectifs des villes et des campagnes, envisagés dans le cadre d’un système
global, permettent d’apporter quelques éclaircissements sur le phénomène. Le FIDA
(2001 ; 17) reconnaît par exemple que « l’exode rural est en partie un moyen de répartir
les risques des familles qui ont un foyer en ville et un autre à la campagne et dont les
membres se déplacent entre les deux. » Il ajoute que « le taux d’exode rural semble être
particulièrement élevé dans les villages très inégalitaires, plus que dans les villages
globalement pauvres, et les personnes modérément pauvres sont poussées à partir tandis
que les personnes modérément prospères sont attirées par les villes. Toutefois, il est peu
probable que les plus pauvres restent en ville. »
La migration urbaine ne peut être expliquée par une erreur d’appréciation des possibilités
d’emplois en ville de la part des migrants, car les conditions de vie des villes et des
campagnes sont de plus en plus connues de tous grâce à d’intenses échanges. En
revanche, les représentations associées à la ville comme étant un lieu de richesse et
d’indépendance semblent se maintenir : avec le développement des liens sociaux
modernes, la ville devient le substrat d’alliances plus indépendantes de la généalogie et
plus proches de l’intérêt circonstanciel. Elle constitue donc le lieu où il est possible de
tenter sa chance et d’entrevoir un avenir, quitte à endurer de grandes difficultés. « Un
immigré n’envisage de construire en ville que lorsque sa situation lui paraît stabilisée et
souvent après avoir construit au village familial - affirme M. Arnaud (1998 ; 12) -. Il engage
alors un projet patrimonial associant trois préoccupations : afficher sa réussite personnelle,
accueillir à son tour des migrants de sa famille et se procurer, par la location, des revenus
complémentaires. » En situation de crise, ces mouvements peuvent être facilités par
l’envoi de certains membres de la famille étendue, qui fonctionnent comme des émissaires
en ville et dont les revenus permettent de compenser les pertes de ceux qui y sont déjà
installés. Cela revient à prendre le contre-pied du modèle précédent qui voulait que
l’augmentation des revenus urbains génère un exode rural massif : « la politique des
villageois est de trouver ou de déléguer en ville des médiateurs qui soient à proximité du
pouvoir et de la richesse et qui puissent en détourner quelques bribes à leur profit »
(Gibbal et al., 1982 ; 13).
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arrivé un nouveau pauvre. C’est pourquoi il faut se préoccuper de la durée moyenne
d’intégration des migrants, plutôt que de la présence des pauvres dans les villes » (Cour,
2004 ; 11). Ce nouveau paradigme a le mérite de présenter une vision moins misérabiliste
de la pauvreté urbaine. Dans cette perspective, V. Jamal et J. Weeks (1993) proposent
alors de considérer que les inégalités actuelles sont plus fortes à l’intérieur des zones
rurales et urbaines qu’entre les villes et les campagnes. Ils fondent leur argument sur le
fait qu’il n’y a pas eu de rééquilibrage entre ces deux espaces mais un processus
d’appauvrissement au sein de chacun d’entre eux, un phénomène visible à travers la
baisse des salaires urbains depuis le milieu des années 1970.
Ces observations permettent de mettre en évidence le fait que les citadins d’aujourd’hui ne
forment plus une classe privilégiée par rapport aux ruraux, comme l’atteste d’ailleurs la
tendance générale à la diminution du fossé de revenus entre villes et campagnes
(exception faite du Nigeria). Contrairement à ce qui pouvait être attendu, l’atténuation de
l’écart entre milieu urbain et rural n’a pas amélioré la distribution générale des revenus,
laquelle est restée inégalitaire : le fossé sépare désormais les individus enrichis par le
commerce international et la fréquentation de l’appareil étatique de ceux qui ont le plus
perdu, surtout les fonctionnaires subalternes, les travailleurs de l’informel non qualifiés et
les petits paysans.
Malgré la crise de l’emploi urbain, les ruraux semblent toujours à la recherche d’une
activité professionnelle en ville. Des modèles attentifs aux motivations sociales et aux
avantages respectifs des villes et des campagnes, envisagés dans le cadre d’un système
global, permettent d’apporter quelques éclaircissements sur le phénomène. Le FIDA
(2001 ; 17) reconnaît par exemple que « l’exode rural est en partie un moyen de répartir
les risques des familles qui ont un foyer en ville et un autre à la campagne et dont les
membres se déplacent entre les deux. » Il ajoute que « le taux d’exode rural semble être
particulièrement élevé dans les villages très inégalitaires, plus que dans les villages
globalement pauvres, et les personnes modérément pauvres sont poussées à partir tandis
que les personnes modérément prospères sont attirées par les villes. Toutefois, il est peu
probable que les plus pauvres restent en ville. »
La migration urbaine ne peut être expliquée par une erreur d’appréciation des possibilités
d’emplois en ville de la part des migrants, car les conditions de vie des villes et des
campagnes sont de plus en plus connues de tous grâce à d’intenses échanges. En
revanche, les représentations associées à la ville comme étant un lieu de richesse et
d’indépendance semblent se maintenir : avec le développement des liens sociaux
modernes, la ville devient le substrat d’alliances plus indépendantes de la généalogie et
plus proches de l’intérêt circonstanciel. Elle constitue donc le lieu où il est possible de
tenter sa chance et d’entrevoir un avenir, quitte à endurer de grandes difficultés. « Un
immigré n’envisage de construire en ville que lorsque sa situation lui paraît stabilisée et
souvent après avoir construit au village familial - affirme M. Arnaud (1998 ; 12) -. Il engage
alors un projet patrimonial associant trois préoccupations : afficher sa réussite personnelle,
accueillir à son tour des migrants de sa famille et se procurer, par la location, des revenus
complémentaires. » En situation de crise, ces mouvements peuvent être facilités par
l’envoi de certains membres de la famille étendue, qui fonctionnent comme des émissaires
en ville et dont les revenus permettent de compenser les pertes de ceux qui y sont déjà
installés. Cela revient à prendre le contre-pied du modèle précédent qui voulait que
l’augmentation des revenus urbains génère un exode rural massif : « la politique des
villageois est de trouver ou de déléguer en ville des médiateurs qui soient à proximité du
pouvoir et de la richesse et qui puissent en détourner quelques bribes à leur profit »
(Gibbal et al., 1982 ; 13).
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Le milieu urbain alimente également l’espoir des parents migrants, lesquels souhaitent que
leurs enfants fassent des études potentiellement synonymes d’enrichissement. Dans ce
cadre, les programmes de scolarisation en milieu rural ne permettent pas de « freiner
l’exode rural » parce qu’ils se fondent sur une conception de la migration urbaine qui
postule que le départ vers la ville est une conséquence de la misère des campagnes, alors
que, dans la plupart des cas, ce sont les individus les plus scolarisés ou les mieux lotis en
capital relationnel qui migrent (Bocquier et Traoré, 2000). En règle générale en effet, le
paysan pauvre ne possède que trop peu de ressources pour envisager de quitter le monde
rural, d’autant qu’il vit largement de ses propres productions. Le FIDA (2001 ; 114) affirme
à ce propos que « l’éducation a contribué à réduire la pauvreté rurale essentiellement en
aidant les gens qui n’avaient guère de perspectives dans l’agriculture à émigrer vers les
villes ou à trouver une nouvelle activité non agricole. » La scolarisation massive des
enfants ruraux engendre évidemment des possibilités théoriques plus importantes de
continuer un enseignement supérieur. Or, comme celui-ci est localisé dans les plus grands
centres, il est inévitable qu’une partie de la population parte pour la ville, bien qu’une fois
les études achevées, les perspectives d’emplois soient souvent peu nombreuses.
A la lumière de ces arguments, le « fossé » entre villes et campagnes doit aujourd’hui être
reconsidéré. Les Nations Unies (2001b ; 86) sont d’ailleurs venues à considérer que
« there is no historical precedent of successful policies to inhibit rural to urban migration.
Urbanization is inevitable, and national policy must learn to recognize its implications,
cushion its impacts and harness its benefits. The paradox of rural development policies
aimed at slowing migration is that they usually achieve the reverse. » A cela s’ajoute le fait
que les stratégies de lutte contre la migration urbaine par fixation des paysans dans de
petits bourgs ont échoué (Sénéchal, 1996). Dans la plupart des cas en effet, les petites et
moyennes villes n’ont pas réussi à retenir les candidats au départ. Trop peu dotées en
infrastructures et en emplois salariés, peu favorisées par l’investissement industriel ou par
les services, elles ont souvent constitué une étape sur la route des plus grandes cités. En
voulant construire des villes secondaires pour empêcher les paysans de gonfler la
capitale, non seulement celle-ci croît plus vite que les autres, mais les villes secondaires
se transforment aussi en pôles urbains émetteurs de migrants (Champaud, 1989).
3.2 Emigrations urbaines : des stratégies de réponse à l’incertitude
L’émigration urbaine est un phénomène qui semble prendre une importance accrue à
mesure que se complexifient les pratiques de mobilité, même si, jusqu’ici, il se limite à
quelques situations spécifiques, notamment dans les villes principales (à l’exception des
capitales) de Côte d’Ivoire d’avant la guerre civile, du Burkina Faso et de Guinée.
Quelles sont les motivations qui poussent les migrants à quitter la ville, alors même que
les éléments précédents viennent de montrer l’intensité d’un flux migratoire inverse ? Pour
C. Beauchemin (2002 ; 167) qui a étudié ces dynamiques en Côte d’Ivoire, « le
développement de l’émigration urbaine, depuis le début des années 1980, est largement
lié à la dégradation de la conjoncture économique et à son corollaire : le rétrécissement du
marché du travail urbain. » Cette émigration profite à de nombreux artisans ou marchands,
qui reviennent au village avec une formation ou un fonds de commerce leur permettant de
faire vivre leur famille. Une fois réinstallés en milieu rural, ces anciens citadins peuvent
constituer de potentiels diffuseurs des innovations sociales et technologiques car ils sont
d’une part porteurs de pratiques et de représentations liées au monde urbain et,
d’autre part, bénéficient d’un capital financier et relationnel supérieur à la moyenne.
10
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En ce qui concerne les individus plus jeunes, il apparaît qu’une reconversion éventuelle
des citadins peut se réaliser à travers des métiers manuels mais pas nécessairement
agricoles, pratiqués de manière saisonnière et conjoncturelle ou par l’entremise des ONGs
qui appuient des actions de développement local (Bruneau, 2002).
L’émigration urbaine peut également être la conséquence de changements matrimoniaux,
comme le mariage, le divorce ou le veuvage. A l’occasion de ces événements, ce sont
surtout les femmes qui quittent le milieu urbain pour rejoindre une partie de leur parenté
restée en brousse, ce qui peut être assimilé à une stratégie de réduction de la taille des
familles. A. Dubresson et J.-P. Raison (1998 ; 125) notent qu’à Lomé « de nombreux
ménages utilisent des résidences dissociées, le responsable demeurant en ville, l’épouse
(ou les épouses) étant relocalisée(s) à la campagne ; à Abidjan, le sens de circulation des
enfants confiés est souvent inversé, des adolescents sont désormais scolarisés dans de
petites villes, des enfants sont envoyés dans les écoles primaires rurales, des jeunes
déscolarisés et sans emploi sont réaffectés dans les villages d’origine. »
Il semble également établi que l’émigration urbaine se dirige vers d’autres villes plutôt que
vers les terroirs d’origine des citadins. Cela signifie que les migrants scolarisés ne
regagnent pas nécessairement leur campagne, où ils devraient se passer des agréments
du milieu urbain et se remettre à des travaux agricoles qui, outre qu’ils ne correspondent
pas à leurs qualifications, leur paraissent peu valorisés. Ce mouvement peut être régulier
et saisonnier, comme en ville de Maradi (Niger) dans laquelle « nombre de migrants
durablement insérés dans les activités urbaines assistent leurs parents agriculteurs -
reconnaissent E. Grégoire et P. Labazée (1993 ; 538) -. La campagne peut être aussi,
pour ses propres originaires, un espace de migration temporaire qui, occupé le temps
d’une saison agricole, génère des ressources investies en ville dans un but professionnel.
Ce continuum entre monde urbain et milieu rural caractérise […] la région de Maradi où
une grande partie des citadins sont originaires des villages voisins et y ont conservé de
solides attaches. » Ce retour à la terre exprime autant une nécessité économique qu’une
stratégie lignagère : les migrants espèrent construire dans leur village d’origine, s’y retirer
et y être enterrés, revendiquent des droits fonciers, visitent leurs familles et les aident
financièrement. Alors, en l’absence de protection sociale, la terre devient synonyme de
sécurité.
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des citadins peut se réaliser à travers des métiers manuels mais pas nécessairement
agricoles, pratiqués de manière saisonnière et conjoncturelle ou par l’entremise des ONGs
qui appuient des actions de développement local (Bruneau, 2002).
L’émigration urbaine peut également être la conséquence de changements matrimoniaux,
comme le mariage, le divorce ou le veuvage. A l’occasion de ces événements, ce sont
surtout les femmes qui quittent le milieu urbain pour rejoindre une partie de leur parenté
restée en brousse, ce qui peut être assimilé à une stratégie de réduction de la taille des
familles. A. Dubresson et J.-P. Raison (1998 ; 125) notent qu’à Lomé « de nombreux
ménages utilisent des résidences dissociées, le responsable demeurant en ville, l’épouse
(ou les épouses) étant relocalisée(s) à la campagne ; à Abidjan, le sens de circulation des
enfants confiés est souvent inversé, des adolescents sont désormais scolarisés dans de
petites villes, des enfants sont envoyés dans les écoles primaires rurales, des jeunes
déscolarisés et sans emploi sont réaffectés dans les villages d’origine. »
Il semble également établi que l’émigration urbaine se dirige vers d’autres villes plutôt que
vers les terroirs d’origine des citadins. Cela signifie que les migrants scolarisés ne
regagnent pas nécessairement leur campagne, où ils devraient se passer des agréments
du milieu urbain et se remettre à des travaux agricoles qui, outre qu’ils ne correspondent
pas à leurs qualifications, leur paraissent peu valorisés. Ce mouvement peut être régulier
et saisonnier, comme en ville de Maradi (Niger) dans laquelle « nombre de migrants
durablement insérés dans les activités urbaines assistent leurs parents agriculteurs -
reconnaissent E. Grégoire et P. Labazée (1993 ; 538) -. La campagne peut être aussi,
pour ses propres originaires, un espace de migration temporaire qui, occupé le temps
d’une saison agricole, génère des ressources investies en ville dans un but professionnel.
Ce continuum entre monde urbain et milieu rural caractérise […] la région de Maradi où
une grande partie des citadins sont originaires des villages voisins et y ont conservé de
solides attaches. » Ce retour à la terre exprime autant une nécessité économique qu’une
stratégie lignagère : les migrants espèrent construire dans leur village d’origine, s’y retirer
et y être enterrés, revendiquent des droits fonciers, visitent leurs familles et les aident
financièrement. Alors, en l’absence de protection sociale, la terre devient synonyme de
sécurité.
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4. CONCLUSION : LA MOBILITÉ COMME FACTEUR DE RÉUSSITE
En Afrique de l’Ouest, la mobilité constitue un gage de réussite des entreprises humaines.
Les relations entre villes et campagnes y sont par conséquent extrêmement développées,
ce qui permet d’une part de répondre aux multiples impératifs de la vie en société et
d’autre part de réduire l’impact des variations climatiques, politiques et économiques. Il est
alors d’autant plus difficile de distinguer strictement les sphères urbaines et rurales que le
sous-continent est affecté à la fois par des mouvements qui prennent la ville et la
campagne pour point de départ. Il y a plus de dix ans, J.-P. Raison (1993 ; 14) affirmait
déjà que « l’heure des hommes de l’interface » avait sonné. Dans son analyse des
stratégies des sociétés ouest-africaines confrontées à l’incertitude, il notait que « la masse
des bénéficiaires de la crise est constituée de personnes qui savent se situer à
l’articulation de deux mondes et notamment du monde rural et du monde urbain : un pied
dedans, un pied dehors. » Le constat s’est depuis largement renforcé, suite notamment à
la paupérisation accrue du sous-continent et aux stratégies qui ont été nécessaires aux
citadins et aux ruraux pour s’en accommoder. C’est pourquoi, au-delà des ruptures entre
villes et campagnes émerge aujourd’hui une conception des relations aux mondes urbains
et ruraux qui privilégie le flux à l’immobilité.
Les échanges intenses qui concernent ces deux espaces résultent alors d’une stratégie de
maximalisation sociale et financière. Cette économie de la mobilité entre urbain et rural est
d’abord celle d’un risque calculé face à l’adversité. Pour bon nombre d’individus, il s’agira
de partager leur temps entre travaux des champs et emplois urbains temporaires, pour
d’autres, il sera nécessaire d’effectuer scolarité ou retraite en fonction des avantages
comparatifs de la brousse et de la cité ; certains chercheront en ville de l’argent pour se
marier avant de revenir au village alors que d’autres tenteront de réduire la taille de leur
ménage urbain en délocalisant une partie de leurs dépendants à la campagne. Il s’agit là
d’une forme de recombinaison circonstancielle des avantages comparatifs de l’urbain et du
rural, qui ne se limite pas uniquement aux aspects matériels ou aux comportements de
mobilité, mais qui nécessite la création de nouvelles sociabilités urbaines et qui peut donc
contribuer à l’affirmation d’une citadinité spécifique. Les observations montrent alors une
profonde fluidité de toutes les migrations humaines et un rôle croissant accordé aux villes,
comme espaces d’émancipation des cadets généalogiques et sociaux et comme espaces
d’alternative devant l’adversité.
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En Afrique de l’Ouest, la mobilité constitue un gage de réussite des entreprises humaines.
Les relations entre villes et campagnes y sont par conséquent extrêmement développées,
ce qui permet d’une part de répondre aux multiples impératifs de la vie en société et
d’autre part de réduire l’impact des variations climatiques, politiques et économiques. Il est
alors d’autant plus difficile de distinguer strictement les sphères urbaines et rurales que le
sous-continent est affecté à la fois par des mouvements qui prennent la ville et la
campagne pour point de départ. Il y a plus de dix ans, J.-P. Raison (1993 ; 14) affirmait
déjà que « l’heure des hommes de l’interface » avait sonné. Dans son analyse des
stratégies des sociétés ouest-africaines confrontées à l’incertitude, il notait que « la masse
des bénéficiaires de la crise est constituée de personnes qui savent se situer à
l’articulation de deux mondes et notamment du monde rural et du monde urbain : un pied
dedans, un pied dehors. » Le constat s’est depuis largement renforcé, suite notamment à
la paupérisation accrue du sous-continent et aux stratégies qui ont été nécessaires aux
citadins et aux ruraux pour s’en accommoder. C’est pourquoi, au-delà des ruptures entre
villes et campagnes émerge aujourd’hui une conception des relations aux mondes urbains
et ruraux qui privilégie le flux à l’immobilité.
Les échanges intenses qui concernent ces deux espaces résultent alors d’une stratégie de
maximalisation sociale et financière. Cette économie de la mobilité entre urbain et rural est
d’abord celle d’un risque calculé face à l’adversité. Pour bon nombre d’individus, il s’agira
de partager leur temps entre travaux des champs et emplois urbains temporaires, pour
d’autres, il sera nécessaire d’effectuer scolarité ou retraite en fonction des avantages
comparatifs de la brousse et de la cité ; certains chercheront en ville de l’argent pour se
marier avant de revenir au village alors que d’autres tenteront de réduire la taille de leur
ménage urbain en délocalisant une partie de leurs dépendants à la campagne. Il s’agit là
d’une forme de recombinaison circonstancielle des avantages comparatifs de l’urbain et du
rural, qui ne se limite pas uniquement aux aspects matériels ou aux comportements de
mobilité, mais qui nécessite la création de nouvelles sociabilités urbaines et qui peut donc
contribuer à l’affirmation d’une citadinité spécifique. Les observations montrent alors une
profonde fluidité de toutes les migrations humaines et un rôle croissant accordé aux villes,
comme espaces d’émancipation des cadets généalogiques et sociaux et comme espaces
d’alternative devant l’adversité.
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BIBLIOGRAPHIE
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