Abstract
Dans la France d'Ancien Régime, une proportion importante du traite-ment de la criminalité n 'est pas assurée par la justice, mais par l'infrajustice. Mais si l'attention portée à l'infrajustice constitue un progrès essentiel de la recherche, on peut craindre qu 'elle ne débouche sur une nouvelle «illusion historio graphique»: on a trop tendance à exagérer sa fréquence et à en faire une sorte de panacée, oubliant ainsi qu'une part importante de la criminalité échappe au traitement non seulement judiciaire, mais aussi infrajudiciaire. Cette erreur découle d'une définition à la fois imprécise et excessive de l'in-frajustice, trop souvent confondue avec le traitement social de tous les écarts aux normes. Cet article cherche donc à préciser les limites de l'influence de la justice dans le traitement des conflits, à définir précisément l'infrajustice et ses modalités, et à insister sur les comportements qui n'appartiennent ni à la justice ni à l'infrajustice, que je propose de regrouper pour les uns sous le terme de «parajustice», pour les autres sous celui d'«extrajustice». In France, under the Old Régime, a high proportion of crimes did not come before the courts but were dealt on an infrajudicial level. But, although interest in infrajustice constitutes a crucial step for research, the fear that it may turn out to be yet another «historiographical illusion» is altogether legitimate: there is a tendency to exaggerate the frequency of the phenomenon and to make it a sort of panacea, thus forgetting that a great amount of criminal behavior not only is not dealt with by the judicial system, but is missed by the infrajudicial system as well. This error stems from a not only vague but excessive definition of infrajustice, which is too often confused with the social treatment of all abnormal behavior. The present article therefore seeks to specify the limits of the justice system in dealing with conflicts, to clearly define what constitutes infrajustice and its modalities, and to underscore the behaviors that do not belong to either the justice or the infrajustice system, which I would suggest putting under the heading, for the first, of «parajus-tice» and, for the second, «extrajustice». 1 Benoît Garnot est professeur d'histoire moderne à l'université de Bourgogne (Dijon-France), où il dirige le Centre d'études historiques sur la criminalité et les déviances (UMR CNRS 5605). Spécialiste de l'histoire des comportements et des mentalités, il a publié une vingtaine d'ouvrages, parmi lesquels: Un crime conjugal au XVIIIe siècle. L'affaire Boiveau, Paris, 1993; Vivre en Bourgogne au XVIIIe siècle, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 1996 ; Crime et justice aux XVIIe et XVIII e siècles, Paris, Imago, 2000. II a également dirigé plusieurs ouvrages collectifs, dont récem-ment : La petite délinquance du Moyen Age à l'époque contemporaine, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 1998. Il développe et dirige actuellement des travaux fondés sur l'exploitation des archives des justices seigneuriales bourguignonnes d'Ancien Régime.
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Garnot, B. (2000). Justice, infrajustice, parajustice et extra justice dans la France d’Ancien Régime. Crime, Histoire & Sociétés, 4(1), 103–120. https://doi.org/10.4000/chs.855
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