Abstract
Lécoute est souvent invoquée par les enseignants quand ils padent des élèves, la plupart du temps sous forme négative (o ils ne s'écoutent pas ,) : elle apparait à la fois comme condition préalable à toute possibilité de tra-vail sur I'oral, et comme visée éthique à l'horizon de ce travail. Cette notion chargée d'affects touche à toutes les dimensions de l'engagement dans la communication scolaire. Malgré l'importance qui lui est accordée, elle reste assez implicite. Il peut donc être utile de débrouiller ses multiples facettes, pour éclaircir les contextes et les critères quand on pade de difficultés ou d'apprentissage de l'écoute. D'autre pan, l'écoute relève de la sphère pédagogique, de la dimension psychologique et morale des rapports interpersonnels dans la classe. Cet objectif est rarement formulé dans sa dimension didactique (sauf en langues secondes), ce qui rend difficile l'évaluation : il faut donc dégager des indicateurs susceptibles de différencier des niveaux d'écoute dans différents contextes. Mais il faut aussi penser les droits et les devoirs liés à l'écoute de façon réciproque: se poser la question de cet apprentissage renvoie l'enseignant à sa propre écoute des élèves, à son propre apprentis-sage de l'écoute de leur parole. Quand les professeurs déplorent l'absence d'écoute chez les élèves, le terme renvoie souvent à un malaise diffils dans la communication péda-gogique, vécu de façon déstabilisante ou culpabilisante. Dépastèt .. malaise suppose de le rapporter aux tensions particulières de cette communication paradoxale, comme le fait P. Perrenoud (1994) en montrant comment gérer l'oral en classe oblige à faire des choix entre des objectifs tout aussi importants et contradictoires'. La communication scolaire repose sur la nécessité de la participation des élèves, dont a besoin l'enseignant pour faire exister le cours dialogué ce qui suppose qu ils le laissent exercer son travail de parole et intègrent les démarches qu'il propose. Pour beaucoup d'enseignants, parler de diÊ ficultés d'écoute des élèves renvoie à la peur ou la douleur de nêtre pas écouté : (pourvu qu ils m écoutent2 > reste la première préoccupation professionnelle, et il est de fait difiicile dans certains contextes scolaires d'exercer sa parole d'enseignant et la faire reconnaitre. D'un autre côté, l. PERRENouD P. (1994), u La communication en classe : onze dilemmes ,, Cahierc péda-gogiques, n" 326, p. 13-18.
Cite
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Nonnon, É. (2004). Écouter peut-il être un objectif d’apprentissage ? Le Français Aujourd’hui, n° 146(3), 75–84. https://doi.org/10.3917/lfa.146.0075
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