Abstract
La Turquie est généralement considérée comme un pays à part au sein du monde musulman. Cette spécificité est le plus souvent attribuée à la laïcité qui a marqué la construction de son État-nation. Mais elle apparaît également bien dans son histoire constitutionnelle ancienne, riche et variée. Il n’est pas inutile de rappeler que, très tôt, l’Empire ottoman se singularisa en générant, en dehors même de la loi religieuse, une sorte de droit public, le Kanun. Süleyman 1er, que les Occidentaux ont appelé « le Magnifique », est resté pour les Turcs Kanuni, c’est-à-dire, « le juriste », « le législateur ». Pourtant, c’est au moment de sa décadence que l’empire a commencé à emprunter les voies qui vont le conduire à ses premières expériences constitutionnelles. Comme l’Égypte de Méhémet Ali, l’empire se lance alors à corps perdu dans une entreprise de modernisation, s’inspirant le plus souvent de l’Occident. Mais ce n’est que sur le tard que ce mouvement prend une dimension véritablement constitutionnelle, lorsque les intellectuels se mettent à revendiquer une citoyenneté ottomane, en opérant une synthèse entre le libéralisme occidental et les traditions musulmanes. Bien que cette première aspiration à la citoyenneté ait été submergée au début du XXe siècle par la montée du nationalisme, le premier conflit mondial et une soif renouvelée de modernisation, la recherche d’une citoyenneté turque ne [...]
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Marcou, J. (2017). Turquie : la constitutionnalisation inachevée. Égypte/Monde Arabe, 2, 53–73. https://doi.org/10.4000/ema.1054
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