Abstract
Faut-il s’émanciper de tout ? Non seulement des puissances ou des tutelles qui nous dominent, mais aussi – pourquoi pas ? – de notre famille, de nos traditions,des rôles si pesants que nous avons à jouer dans la vie sociale, des solidarités qui nous aliènent,de notre corps qui nous entrave, de nous-même enfin ? Après tout, n’est-ce pas ce que nous suggèrent en ligne d’horizon le néolibéralisme et son avant-garde, le transhumanisme ? Dès lors n’est-ce pas, paradoxalement, de l’idée d’émancipation qu’il nous faudrait nous émanciper ? Les contributions réunies dans ce numéro plaident pour une thèse moins radicale et plus opérationnelle : autant il y a des émancipations particulières légitimes à conquérir, autant la perspective d’une Émancipation avec un « É » majuscule se dérobe dès qu’on tente de la fixer. Face à l’épuisement des grands discours politiques de la Modernité et leur incapacité à articuler ces émancipations singulières, les luttes sociales risquent d’avoir du mal à trouver une boussole. Mais voilà qui confère une mission enthousiasmante aux sciences sociales, tant elles devront contribuer à l’avenir, par leur puissance d’analyse, à l’émergence de nouvelles grammaires émancipatrices.
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Caillé, A., Chanial, P., & Tarragoni, F. (2016). S’émanciper, oui, mais de quoi ? Revue Du MAUSS, n° 48(2), 5–28. https://doi.org/10.3917/rdm.048.0005
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