Abstract
En un demi-siècle, la politique du droit d’asile, référée aux articles 13 et 14 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (ONU, 1948), se retourne en son contraire, aboutissant aujourd’hui non seulement au rejet de la quasi-totalité des exilés demandant l’asile mais aussi à la disqualification sociale de cette population. Comme expliquer ce retournement ? Trois explications de sens commun sont souvent avancées : une augmentation massive des migrations économiques à la fin du XXe siècle ; le déclenchement d’une crise qui, à partir de 1973-1974, rendrait ces migrations économiquement insupportables ; l’émergence, du fait de tensions sur le marché du travail d’une xénophobie populaire. La mise en discussion de ces explications conduit à les abandonner pour envisager une autre hypothèse : celle d’une mutation culturelle des élites et des autorités publiques activant la construction de l’exilé comme un problème un risque ou une menace… ce que l’on peut nommer alors une « xénophobie de gouvernement ».In half a century, the policy and right of asylum, referenced in article 13 and 14 of the Universal Declaration of Human Rights (UN, 1948), have experienced a reversal, which has led to a situation where almost all the exiled persons who are applying for asylum are rejected, as well as socially disqualified. How can we account for this reversal? Three commonsensical explanations are generally put forward: a massive rise in economic migrations at the end of the 20th century; the triggering of a crisis which, from 1973-1974 onwards, has rendered these migrations economically unsustainable; the emergence, due to tensions on the labour market, of a working-class xenophobia. The examination of these explanations, however, compels us to set them aside in favour of another hypothesis, which focuses on a cultural mutation among elites and public authorities, which has activated the construction of exiled persons as a problem, a risk or a threat… what we then call a “governmental xenophobia”.
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Valluy, J. (2013). Du retournement de l’asile (1948-2008) à la xénophobie de gouvernement : construction d’un objet d’étude. Cultures & Conflits, 69, 81–111. https://doi.org/10.4000/conflits.10752
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