Abstract
Résumé Loin de n’être qu’une thématique très diversifiée, le corps, cet espace interpersonnel tel qu’il est constitué dans l’échange littéraire et esthétique, fait de l’écriture et de la lecture le site d’un intense échange imaginaire. Du « corps » circule sans cesse sous la lettre, se dégageant ainsi de son inscription sociale. Le texte, ce corps « écrit », dans son élaboration et sa réélaboration imaginaires, s’avère être le substitut du corps qui l’a produit, mais aussi une incitation à « faire corps » avec la communauté imaginaire qu’il institue — de même que l’on fait corps dans la langue, cet avatar mental de la corporéité qui fonde notre co-existence sociale. On envisagera en particulier les mythologies du corps, suscitées par le travail du texte, tant en production qu’en réception. Ainsi l’écriture, acte laborieux d’appropriation, et la lecture, acte de liberté et de résistance, donnent lieu à des variations anthropologiques très spécifiques, en lien avec les imaginaires du corps. Par ailleurs, l’œuvre, cette corporéité imaginaire, une fois passée dans l’espace social où elle se met pleinement à « œuvrer », vit d’une vie autonome et ressuscite un nombre étonnant de mythèmes. Mais, dans la métabolisation que réalise le lecteur à partir de ce « corpus », se retrouve l’ambiguïté des productions imaginaires : en effet, la communion, effectuée autour de la reconstitution d’un corps, peut s’inverser en un festin sacrificiel. Quoi qu’il en soit, au-delà de leurs innombrables figurations littéraires possibles, les imaginaires du corps, agissant simultanément dans l’œuvre et dans l’espace social, constituent le révélateur et l’opérateur d’une négociation imaginaire collective, qui est l’œuvre de l’œuvre.
Cite
CITATION STYLE
Fintz, C. (2009). Les imaginaires des corps dans la relation littéraire. Littérature, n° 153(1), 114–131. https://doi.org/10.3917/litt.153.0114
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