Le patrimoine immatériel et le tabou de l’authenticité : de la pérennisation à la durabilité

  • Bortolotto C
N/ACitations
Citations of this article
12Readers
Mendeley users who have this article in their library.
Get full text

Abstract

Conçu historiquement comme objet de conservation dont le monument est l'incarnation exemplaire, le patrimoine est désormais défini comme « recréé en permanence » (Unesco 2003 : art. 2) et conçu comme une ressource dynamique où l'impératif de la transmission du vivant fait du futur le temps fort du patrimoine 1. Loin d'incarner banalement une coupure aberrante et artificielle entre matériel et immatériel, le concept de patrimoine culturel immatériel introduit par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) est un avatar paradigmatique de ce glissement vers le vivant, mettant à l'épreuve les principes fondateurs de l'institution patrimoniale, telles les notions occidentales de pérennité et d'authenticité. Parmi les nombreuses implications de l'institution du patrimoine culturel immatériel (PCI) pour repenser le patrimoine, l'évacuation de l'authenticité des critères de l'identification du patrimoine ouvre des perspectives inédites qui posent un défi majeur à la rhétorique patrimoniale dominante tout en introduisant des nouvelles contradictions. Même lorsque les institutions du patrimoine essayent de se débarrasser d'une notion condamnée comme celle d'authenticité, elle revient en effet à la fois dans le discours des spécialistes et, avec une acception et une fonction différentes, dans celui des acteurs culturels, questionnant ainsi la vision qui fait de l'authenticité une préoccupation des experts plutôt que des acteurs ordinaires. Ce texte présente des controverses surgies autour de la proscription de cette même notion tant dans l'arène internationale que aux échelles nationales et locales de la mise en oeuvre de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (Unesco 2003). Une ethnographie institutionnelle de l'Unesco et de la mise en oeuvre de la Convention sur le patrimoine culturel immatériel permet de saisir en situation le trouble (Bortolotto 2011a) du basculement vers un nouveau paradigme de patrimonialité où l'idéal de pérennisation (Fabre 2014) est remplacé par un impératif moral de durabilité qui éloigne le patrimoine du royaume de la conservation du passé et rapproche les Le patrimoine immatériel et le tabou de l'authenticité : de la pérennisation ... Le patrimoine culturel immatériel au seuil des sciences sociales 1

Cite

CITATION STYLE

APA

Bortolotto, C. (2020). Le patrimoine immatériel et le tabou de l’authenticité : de la pérennisation à la durabilité. In Le patrimoine culturel immatériel au seuil des sciences sociales. Éditions de la Maison des sciences de l’homme. https://doi.org/10.4000/books.editionsmsh.16377

Register to see more suggestions

Mendeley helps you to discover research relevant for your work.

Already have an account?

Save time finding and organizing research with Mendeley

Sign up for free