Abstract
Pour résoudre une conjoncture problématique, les décideurs ont l'habi-tude de recourir au savoir spécialisé des experts pour fonder leurs opinions. Théoriquement parlant, l'expert a pour fonction d'être un auxiliaire averti, au service du décideur mais en pratique, on constate que les avis des experts créent de plus en plus les normes et définissent en quelque sorte les conduites à adopter et éviter. En ce qui a trait à la délin-quance juvénile, les recherches démontrent que les recommandations des experts sont appliquées par les magistrats dans 95 % des cas requis. L'expertise est devenue comme une nouvelle religion des temps modernes (Castel, 1981) et la gestion du risque constitue un de ces champs d'expertise majeure depuis quelques décennies (Malenfant, 1998). Le risque occupe une position centrale dans le champ social contem-porain et fait l'objet de vives discussions dans les communautés scienti-fiques. Y a-t-il plus de risques aujourd'hui qu'autrefois ? Risque pour qui et risque de quoi ? Comment appréhender le risque, le mesurer, le 4 C R I M I N O LOG I E, VO L . 34 N ° 1 (2001) prédire ? Pourquoi étudier les facteurs de risque, et agir sur les situations à risque pour en prévenir les effets nuisibles ? Voilà autant de questions qu'il y a lieu de se poser dans cette « société du risque » (Beck, 1992). Notre rapport au risque et la notion de risque ont profondément changé au cours du siècle dernier. Longtemps associés à la catastrophe, à la fatalité et souvent attribués au destin ou à des forces externes, d'origine divines ou autres, les risques ne sont plus totalement imprévi-sibles. Les développements scientifiques ont transformé notre vision du monde et nous essayons de plus en plus de comprendre les phénomènes et de les maîtriser, d'où la tendance à vouloir anticiper les risques inhé-rents aux événements et en atténuer les conséquences néfastes. L'amélio-ration de la durée et de la qualité de la vie dans nos sociétés, la couverture offerte par les assurances privées ou publiques contre les conséquences de la maladie, de la pauvreté extrême, du chômage, des accidents de la route, etc. ont aussi transformé la conception que nous avons de la vie qui devient de plus en plus précieuse et de plus en plus perçue comme un « droit ». Cette nouvelle sensibilité crée cependant de nouvelles attentes. Les dangers contre la vie deviennent de plus en plus intolérables, ils semblent être de plus en plus nombreux, de plus en plus menaçants et la demande de protection sociale se fait plus pressante. Comme le mentionne J. Pratt dans l'article de ce numéro de la revue, ces attentes se retrouvent aussi dans le domaine pénal où l'on exige que l'État nous protège des délinquants dits dangereux, des « prédateurs sexuels », des délinquants violents. Ici aussi, les avis des experts sont requis pour évaluer, prévenir les risques, pour déterminer et gérer les situations à risque et les « groupes à risques ». C'est dans ce contexte que la revue Criminologie a jugé bon de consa-crer ce numéro à la notion de risque dans le système pénal. Nous abor-dons successivement les techniques de l'évaluation et de la prédiction du risque, leur impact sur les pratiques et les politiques correctionnelles, et enfin la signification sociale de ces transformations. Tout d'abord J. Proulx et P. Lussier, deux spécialistes de l'évaluation et du traitement des délinquants sexuels, présentent l'état des connais-sances en ce qui concerne la prédiction de la récidive chez ce type d'agresseurs. G. Côté, un clinicien et un chercheur spécialisé dans le domaine des troubles mentaux sévères, poursuit quant à lui une réflexion très stimulante sur les instruments actuariels et l'apport de la démarche clinique qui prend en compte des aspects dynamiques dans l'évaluation des risques de comportements violents.
Cite
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Landreville, P., & Trottier, G. (2012). La notion de risque dans la gestion pénale. Criminologie, 34(1), 3. https://doi.org/10.7202/004754ar
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