Serge AUDIER, La société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipation

  • Brunet V
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Abstract

Alors que monte la prise de conscience du péril environnemental, les obstacles à une véritable mutation écologique des sociétés contemporaines restent massifs et les modèles alternatifs peinent à s’imposer. Les traditions intellectuelles de la gauche semblent souvent impuissantes à apporter des réponses. Pire, n’ont-elles pas contribué, par leur culte des « forces productives », à l’impasse actuelle ? La généalogie intellectuelle proposée par Serge Audier revient sur des évidences trompeuses, notamment celle qui voudrait que les mouvements émancipateurs n’aient abordé que très tardivement les enjeux écologiques. On redécouvre certes peu à peu des voix minoritaires qui, de Henry D. Thoreau à William Morris, avaient manifesté très tôt un souci inédit de la nature. Mais en les érigeant en héros solitaires, on contribue à occulter une nébuleuse beaucoup plus large et méconnue qui, entre socialisme et anarchisme, a esquissé les traits d’une « société écologique ». L’objectif de ce livre est d’exhumer et de reconstituer une pensée sociale de la nature et de l’émancipation, construite aux marges du « grand récit » socialiste et républicain. De fait, cette tendance dissidente a été ignorée, marginalisée, voire combattue par les courants hégémoniques, qui ont souvent vu dans l’écologie un conservatisme traditionaliste ou un romantisme réactionnaire… Si les « ennemis » de la « société écologique » se trouvent bien entendu du côté des forces du capitalisme, il serait faux et dangereux d’oublier qu’ils font aussi partie de l’histoire même de la gauche et du socialisme dans ses orientations majoritaires, encore prégnantes. Introduction. Les promesses oubliées d’une « société écologique » Vers une nouvelle alliance entre écologie et socialisme ? « Écologie », « écologie politique », « société écologique » « Société écologique » contre « société ouverte » ? Naturalisme et anti-naturalisme politiques Penser la « société écologique » comme « société ouverte » La structuration de l’opposition entre Lumières et romantisme à l’âge totalitaire Le bilan des « anti-Lumières » et la question écologique aujourd’hui Pour des « Lumières écologiques » L’hétérogénéité des critiques du capitalisme par la gauche Réactiver les possibles, repérer les impasses historiques de la gauche I / Critiquer les dégâts écologiques du « progrès » industriel 1. La planète malade : prophéties présocialistes « Société du risque » et « réflexivité » à l’épreuve de l’histoire intellectuelle Les prémisses d’une prise de conscience d’un risque global Le « socialisme utopique », par-delà le discrédit marxiste Charles Fourier, prophète de la destruction de la planète La critique agro-écologique de l’école fouriériste La nature mutilée vue par le socialisme romantique Privatisation du monde et destruction de la nature : les intuitions libertaires de Proudhon 2. De la destruction de la nature en Amérique : entre romantisme et progressisme démocratique Tocqueville et les dangers de l’attitude « antipoétique » des Américains Premières alarmes américaines : la critique des artistes Le « transcendantalisme », entre progressisme, romantisme et culte de la nature Critique de l’Amérique industrielle : de l’Angleterre de Carlyle à l’Amérique de Thoreau Vers une critique écologiste scientifique et « progressiste » : George Perkins Marsh 3. Le laboratoire anglo-américain d’une critique socialiste et anarchiste de l’idéologie propriétariste Les alarmes de John Muir à l’aube de l’ère « progressiste » Élisée Reclus, les voies d’une conscience libertaire de la crise écologique Reclus lecteur de Marsh : pour une critique non apocalyptique et « optimiste » Une critique pré-écosocialiste américaine du « progrès » de la « civilisation » : Henry George Du socialisme de George à l’anarchisme communautaire de Tolstoï Aux sources de la critique écosocialiste américaine : Alfred Russel Wallace Extractivisme, colonialisme, impérialisme : éléments d’une critique anticapitaliste 4. L’Occident exterminateur : impérialisme, exploitation et massacre des animaux La critique républicaine romantique : Jules Michelet Auguste Blanqui : quand le capitalisme sacrifie les animaux et les peuples Du rôle des oiseaux dans les équilibres écologiques : la critique d’un savant réformiste La dénonciation de l’élevage industriel dans la nébuleuse du présocialisme 5. La ville contre la nature Quand des « libéraux » décrivent les ravages de l’urbanisme anglais La « démocratie pacifique » contre l’urbanisme à l’âge industriel Flora Tristan, entre socialisme, féminisme et critique de la ville capitaliste Élisée Reclus et la dénonciation socio-environnementale de la ville moderne Le poète et la ville : un conte écologique Permanence de la critique libertaire de la ville capitaliste 6. Les nuisances au quotidien : travailler contre la « nature » L’environnement empoisonné des travailleurs : critiques socialistes Le laboratoire d’une critique par les ouvriers eux-mêmes : l’expérience de L’Atelier François-Vincent Raspail, savant républicain, vigie des nouveaux périls industriels Mises en cause libertaires de la pollution au travail Le réquisitoire communiste : une percée inachevée 7. L’ère des choses fausses et laides Une alimentation falsifiée et toxique De John Ruskin à William Morris : l’économie politique et ses fausses valeurs L’âge des ersatz : le procès socialiste anglais de la laideur industrielle L’invention d’un regard esthétique anarchiste en France Une critique « socialiste libertaire » et artistique du capitalisme II / Lutter et imaginer les voies oubliées d'une société écologique 8. Société émancipée, société dans la nature Représenter la société de l’avenir Des « parcs magnifiques » du socialisme owénien à la défense anarchiste de la nature L’invention d’un socialisme jardinier Une société de l’« amitié réciproque » avec la nature Daniel Stern, ou la société du soin environnemental Du métabolisme entre l’homme et la nature dans le présocialisme romantique Vers un socialisme libertaire naturaliste Le naturianisme libertaire ou l’anarchisme dans la nature Un socialisme de la nature : de William Morris à Edward Carpenter Grandeur et limite du « retour à la nature » 9. « Révoltes naturelles », contestation démocratique, contestation écologique L’expérience pionnière de Walton Hall Le contact avec la nature comme voie de l’émancipation : Emerson et sa réception romantique française Désobéissance civile et authenticité : Thoreau (1) Les voies d’une éco-contestation : Thoreau (2) Émancipation des femmes, émancipation dans la nature L’expérience de Fontainebleau : première « lutte écologiste » ? L’école de Barbizon, George Sand et les « révoltes naturelles » autour de Fontainebleau Démocratiser les choix face au scientisme gouvernemental : la voie anarchiste Pour une critique rationaliste libertaire du scientisme politique 10. L’invention d’un autre urbanisme Le fil perdu d’un socialisme de l’urbanisme vert Pour en finir avec le clivage ville/campagne : l’intuition fouriériste Constantin Pecqueur et François Vidal : quand les premiers socialistes imaginaient l’urbanisme futur Vers une ville écosocialiste ? Vers la ville libertaire, solidaire et postindustrielle Un urbanisme en accord avec la nature : de Morris à Carpenter La nature à l’âge urbain, bien commun du peuple 11. Travailler autrement, libérer le temps Travailler moins, mieux et autrement : la matrice fouriériste Travailler dans la nature et avec la nature Par-delà le salariat : Morris (1) Une autre philosophie du travail pour sauver « la beauté de la Terre » : Morris (2) Le droit à la « paresse » : du communisme à l’anarchisme 12. Éduquer dans la nature Éduquer dans la nature pour préparer le socialisme Une éducation « naturelle » pour une émancipation libertaire : l’expérience de Cempuis Internationalisme anarchiste, « socialisme libertaire » et éducation dans la nature De l’éduction anarchiste à l’école nouvelle 13. Inventer une société avec les animaux Jules Michelet : les voies d’un républicanisme humaniste et par-delà l’humain Du républicanisme d’Accolas au solidarisme de Marion : respecter les animaux Solidarité animale et société libertaire : l’entraide de Pierre Kropotkine Socialisme et souffrance animale : la voie oubliée du socialisme réformiste de Benoît Malon De nos devoirs (socialistes) envers les animaux Socialisme, anarchisme et antivivisection Socialisme anglais et droits des animaux : entre Thoreau et Gandhi La société anarchiste future avec les animaux 14. Long terme et « état stationnaire » : un changement de trajectoire socio-économique Vers un socialisme du long terme John Stuart Mill : aux sources d’un éco-féminisme ? Vers une économie stationnaire ? Économiser les ressources sur le long terme : les inquiétudes de Stanley Jevons L’homme « concessionnaire » de la Terre et de ses ressources Penser, produire et agir sur le très long terme Une gestion solidariste de la nature 15. La société dans la nature. Interdépendance, décentrement, solidarité intergénérationnelle Décentrer l’homme dans la nature et l’univers : Haeckel, Freud, Izoulet Le solidarisme : penser la justice sociale sur fond d’interdépendance sociale et écologique Mother Earth, l’émancipation dans la nature, de Kropotkine à l’anarcho-féminisme américain Solidarité anarchiste et « bio-cosmique » : élargir la solidarité Solidarité naturelle et intergénérationnelle Pour une propriété transgénérationnelle socialiste du patrimoine écologique et culturel commun Conclusion. Exhumer des « possibles » ensevelis Complexifier le récit du progressisme politique Quête d’émancipation, quête écologique Les pièges de l’hagiographie En finir avec l’utopie ? Le socialisme entre écologie et productivisme Quel socialisme ? Quel républicanisme ? Quelle gauche ?

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Brunet, V. (2018). Serge AUDIER, La société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipation. Revue d’histoire Du XIXe Siècle, (56), 246–248. https://doi.org/10.4000/rh19.5774

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