Le pire des mondes possibles

  • Fournet-Guérin C
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Abstract

Le propos du livre tourne autour de la notion de bidonville. Au Sommet des Nations Unies de 2002, l'ONU d{é}signe comme bidonville un espace se caract{é}risant par un surpeuplement, des logements informels ou de pi{è}tre qualit{é}, un acc{è}s insuffisant {à} de l'eau saine et une forte ins{é}curit{é}. Mike DAVIS estime que cette d{é}finition est trop restrictive. Il propose une d{é}finition beaucoup plus large puisqu'elle inclue les camps de r{é}fugi{é}s ! Il consid{è}re que Gaza est le plus grand bidonville de la plan{è}te. La typologie des bidonvilles de Mike DAVIS distingue deux grandes cat{é}gories : ceux situ{é}s dans le centre m{é}tropolitain et ceux situ{é}s {à} la p{é}riph{é}rie. Les bidonvilles sont r{é}partis en deux grandes classes : Les logements formels : vieux immeubles, immeubles construits pour les pauvres, logements publics, h{ô}tels meubl{é}s des marchands de sommeil, location priv{é}e ou publique de cabanes.Les logements informels : squats autoris{é}s ou non, subdivisions pirates de terrains, ainsi que les personnes vivant dans la rue. Dans le cas des logements informels, les op{é}rations de « d{é}guerpissement » sont courantes, surtout quand de grands {é}v{è}nements se pr{é}parent (JO, visite d'Etat) ou {à} titre de r{é}pression politique (une mani{è}re de punir les habitants d'un quartier ayant vot{é} majoritairement pour l'opposition). Les bidonvilles sont le terrain d'un march{é} foncier invisible o{ù} des titres de propri{é}t{é} douteux s'{é}changent sans que l'on ait proc{é}d{é} {à} une viabilisation des lots. La perspective d'une r{é}gularisation d'un quartier alimente un march{é} immobilier parall{è}le. Les prix des loyers et des terrains flambent dans les favelas {à} l'annonce d'une r{é}gularisation. Loger des pauvres est une affaire qui marche. Le retour sur investissement est rapide m{ê}me si les logements sont d{é}nu{é}s de tout caract{è}re l{é}gal. Les propri{é}taires des cabanes, construites bien souvent sur des terrains appartenant {à} l'Etat, sont g{é}n{é}ralement des politiciens et des hauts fonctionnaires.La seconde moiti{é} du XX\,^{\circ} si{è}cle a vu la croissance rapide des villes du Tiers Monde et de leurs bidonvilles. Cette explosion urbaine tardive s'explique par les mesures mises en place par les r{é}gimes coloniaux, qui interdisaient aux indig{è}nes de r{é}sider de mani{è}re permanente en ville. L'exode rural a {é}t{é} bloqu{é} pendant la premi{è}re moiti{é} du XX\,^{\circ} si{è}cle. Il {é}tait contr{ô}l{é} par une politique s{é}v{è}re de contr{ô}le des flux. Ceux qui vivaient en ville {é}taient {é}loign{é}s des blancs par une politique de s{é}gr{é}gation urbaine. La d{é}colonisation ou le renversement des dictatures ou des r{é}gimes {à} faible croissance en Am{é}rique Latine ont enclench{é} l'urbanisation. Les ruraux revendiquent alors le droit de cit{é}. Ils s'entassent alors dans les taudis des centres des villes ou {à} la p{é}riph{é}rie de celles-ci. Quelques Etats ont tent{é} de mettre en {œ}uvre une politique de logements sociaux mais celle-ci a souvent {é}t{é} interrompue par la mise en place des PAS (Plan d'Ajustement Structurel) dans les ann{é}es 80. Lorsque des logements ont {é}t{é} construits, ils ont surtout {é}t{é} r{é}serv{é}s aux fonctionnaires. Aujourd'hui, les ONG ont pris le relais des Etats impuissants. Comme Sylvie BRUNEL, Mike DAVIS fait le constat que cela ne fait qu'accro{î}tre la d{é}pendance, face aux donateurs et entretient un client{é}lisme.Le propos du livre est l'occasion d'une vaste r{é}flexion sur les origines de la pauvret{é} des habitants des bidonvilles. La pauvret{é} a {é}t{é} aggrav{é}e par la mise en place des PAS dans les ann{é}es 80, par la chute du bloc communiste et par la mondialisation. Mike DAVIS est de ceux qui relativisent le poids {é}conomique du secteur informel. Il rejette ainsi la th{è}se de Hermano DE SOTO sur l'importance de l'informel dans le PIB des Etats. Il estime que l'on ne doit pas surestimer cette place, difficilement mesurable, dans les revenus des pauvres. La pauvret{é} s'est aggrav{é}e depuis la fin de la guerre froide. Les pauvres ne b{é}n{é}ficient plus des fonds envoy{é}s par les deux Grands pour faire entrer les pays du Tiers Monde dans leur camp. Il ne reste donc plus que l'ONU, dans les Objectifs pour le Mill{é}naire pour le D{é}veloppement, qui cro{î}t encore en la possibilit{é} de r{é}duire la pauvret{é} de moiti{é} d'ici 2015. Pour Mike DAVIS, « les bidonvilles sont des volcans pr{ê}ts {à} exploser ». Ce sont des espaces tr{è}s mal connus et non contr{ô}l{é}s par les arm{é}es des Etats. Ils constituent le terreau id{é}al du terrorisme et des extr{é}mismes. La mis{è}re facilite le recrutement dans la population des enfants des rues de soldats au service de ces causes.A l'issue de la lecture de ce livre, force est de constater que les propos de Mike DAVIS ne sont gu{è}re optimistes. La conclusion alarmiste de l'ouvrage ach{è}ve ce portrait catastrophique de la ville du Tiers Monde. Peu de place est laiss{é} au moindre espoir d'am{é}lioration de la situation. Cette tendance affirm{é}e au catastrophisme m'a g{ê}n{é}e en tant qu'enseignante. Si la lecture de cet ouvrage permet, gr{â}ce au sens du r{é}cit de Mike DAVIS, de d{é}velopper des exemples (bienvenus pour le chapitre sur la population mondiale en sixi{è}me ou en seconde), il ne faut pas oublier que l'auteur est un militant. Un recul certain est n{é}cessaire avec ce texte.

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Fournet-Guérin, C. (2020). Le pire des mondes possibles. Géographie et Cultures, 62, 132–134. https://doi.org/10.4000/gc.2402

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