La vie révélée du follicule de cheveu humain

  • Bernard B
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La chevelure humaine représente un ensemble d'environ 100 000 cheveux. Chacun d'entre eux est produit par une annexe spécialisée de la peau, le follicule pileux, mise en place dès le 3 e mois de la vie embryonnaire à partir d'une placode ectodermique [1-3]. Les cellules de cette placode, en interaction avec le mésoderme sous-jacent, se multiplient pour former un bourgeon primaire qui s'invagine dans le mésoderme, puis un follicule et ses structures associées, glande sébacée et glande apo-crine [4]. La formation du follicule de cheveu, ou plutôt de l'unité pilo-sébacée, implique de nombreux facteurs morphogènes dont la nature commence à être connue, mais dont la chorégraphie spatiotemporelle est encore à déchiffrer, en particulier chez l'homme. En effet, si les processus morphogénétiques de la vibrisse et du poil de souris commencent à être bien caractérisés [3, 5], ce n'est que par analogie que l'on peut proposer un scéna-rio pour le follicule de cheveu humain. La mise en place des placodes et le motif d'implantation des cheveux seraient contrôlés par une série de facteurs initiateurs (représentants des familles Wnt/Frz, FGF/ FGFR2, TGFβ2/TGFβRII, EDA/EDAR, Delta-1/Notch-1) ou inhibiteurs (BMP2/4, activins, Delta-1/Notch-1) [3, 5, 6], et de régulateurs transcriptionnels de la famille des protéines homeobox [7] ; leurs interactions abou-tiraient à la formation de zones discrètes, susceptibles de former des follicules [8], et à la sélection des cellu-les destinées à former la partie épithéliale du follicule [9]. Ainsi, du côté dermique, l'inhibiteur de BMP Noggin renforcerait les zones d'induction du follicule. Au cours de la phase d'invagination dans le mésoderme suivant la formation de la placode, les cellules épithéliales émettent des messagers, parmi lesquels figurent des représentants de la famille Wnt, le PDGF-A et shh, qui vont provoquer l'agrégation de fibroblastes du derme en une papille dermique en regard du bourgeon pri-maire. Les deux éléments majeurs du follicule pileux, une partie épithéliale et une partie dermique, sont alors en place. De façon intéressante, les facteurs Wnt, à travers leurs récepteurs frz et la voie de la β-caté-nine/LEF-1, peuvent contrôler l'expression de shh et des > La chevelure est un des traits caractéristiques de l'espèce humaine. Bien qu'elle subisse une perte quotidienne d'une centaine de cheveux, elle est néanmoins permanente. En fait, les 100 000 à 150 000 follicules pileux d'une chevelure nor-male sont les seules annexes chez l'homme à se renouveler de façon cyclique, asynchrone et stochastique, à partir d'un double réservoir de cellules souches. Plus précisément, les interac-tions épithélio-mésenchymateuses, à l'origine de la morphogenèse du follicule, sont réactivées au cours du cycle pilaire, pour le régénérer à travers une néo-morphogenèse qui rend cette structure unique chez l'homme. Ce renouvellement touche aussi le compartiment pigmentaire à l'origine de la couleur des cheveux, qui se régénère à par-tir d'un réservoir de mélanocytes progéniteurs. Enfin, la forme même du cheveu est programmée par le bulbe. Le follicule apparaît donc comme une annexe cutanée autonome avec son propre contrôle hormonal, son propre cycle, une struc-ture incroyablement complexe et stable, résu-mant à lui seul les grandes lois de l'homéostasie tissulaire. C'est cette vie que nous révélons dans cet article. <

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Bernard, B. A. (2006). La vie révélée du follicule de cheveu humain. Médecine/Sciences, 22(2), 138–143. https://doi.org/10.1051/medsci/2006222138

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