Abstract
L a fuite des cerveaux, ou « brain drain », a traditionnellement été per-çue comme un frein important à la croissance des pays en développe-ment 1. Le terme lui-même, péjoratif, suggère une perte irrémédiable pour les pays d'origine, quelque chose d'essentiellement néfaste au développement. Considérons en effet les arguments suivants. Si un individu doté d'un niveau d'éducation et de revenu supérieur à la moyenne émigre, cela réduit le niveau moyen de revenu et d'éducation (le PIB par habitant, ainsi que le capital humain moyen, condition de la croissance future). Si de plus cet individu émi-gre au moment même où il devient productif (et c'est bien ce qui se passe en pratique, la fréquence de la migration internationale culminant au moment de l'entrée dans la vie active), cet individu aura bénéficié à plein des dépenses publiques d'éducation ayant servi à financer totalement ou partiellement son éducation primaire, secondaire et supérieure, et ce sans contrepartie pour la collectivité qui l'a soutenu durant ses années de formation. Il s'ensuit pour cette dernière une perte fiscale considérable, un non-retour sur investisse-ment de nature à compromettre les efforts d'éducation des gouvernements des pays en développement qui font face à des taux d'émigration qualifiée élevés. C'est d'autant plus vrai que, d'un point de vue économique, le rende-1. Cet article s'inspire largement de travaux communs avec Frédéric Docquier, et notamment de
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Rapoport, H. (2010). Le « brain drain » et son incidence sur les pays en développement. Regards Croisés Sur l’économie, n° 8(2), 110–124. https://doi.org/10.3917/rce.008.0110
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